ANB-BIA SUPPLEMENT

ISSUE/EDITION Nr 359 - 01/01/1999

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Kenya

Incompréhension et recherche du sensationnel


by Richard Omollo Lango, Kenya, octobre 1998

THEME = SIDA

INTRODUCTION

Le sida existe au Kenya et donne à juste titre des raisons d'inquiétude.
Mais qu'est-ce qui se cache derrière cette terrible maladie?

On prévoit que le nombre des décès au Kenya dus au sida, parmi la population des 15 à 39 ans pour la période de 1995 à 2000, sera probablement trois fois plus grand que ceux causés par l'ensemble des autres maladies dans la même période. En 1995, le sida était le tueur numéro 1 de cette catégorie de personnes, en Afrique subsaharienne.

Les premiers cas de sida au Kenya ont été découverts en 1984, trois années après que le premier cas au monde était signalé aux Etats-Unis. Pour le moment, le nombre de personnes atteintes du sida au Kenya est estimé à environ 1,4 million, et il devrait atteindre 1,7 million en l'an 2000.

Depuis 1990, on signale en moyenne 12.000 nouveaux cas par an; mais ils sont probablement trois fois plus nombreux. Le sida est répandu surtout dans les provinces du Nyanza, de l'Ouest et de la vallée du Rift, où le taux de prévalence parmi les femmes enceintes est de 18% à 30%. Plus de 90% des cas de sida sont transmis par contacts sexuels; l'hétérosexualité en est la cause la plus commune. Dans la province côtière, qui a été la plus touchée, l'homosexualité ne peut être ignorée.

Circonstances favorisant le sida

L'ignorance. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte des vraies causes de la maladie; les victimes sont parfois accusées d'avoir transgressé les coutumes, ce qui causerait leurs souffrances. La pauvreté, qui mène à la prostitution. Les coutumes et pratiques socio-culturelles: surtout l'extraction des dents, la circoncision, le percement de la peau, la scarification et autres pratiques qui font saigner. La migration des travailleurs: beach boys, gardiens, soldats, prisonniers, chauffeurs de poids lourds à longue distance, tous sont en danger, parce qu'ils sont loin de leurs partenaires réguliers.

D'autres facteurs sont le manque d'infrastructure de soins appropriés, les dangers des relations sexuelles (surtout entre hommes), l'abus de l'alcool qui pousse à abuser des pratiques sexuelles.

Les personnes à risques

En plus des personnes mentionnées plus haut, séparées de leurs partenaires réguliers à cause de leur travail, il y a encore d'autres catégories de gens qui sont en danger.

Les femmes sont vulnérables à cause de leur situation inférieure dans la société; elles sont exposées à être abusées par d'autres, et donc aussi au sida. Les adolescents sont en danger à cause des facteurs biologiques, socio-culturels et économiques, qui les poussent à des expériences sexuelles. La difficulté qu'ils éprouvent à parler de la sexualité avec des adultes (p.ex. avec leurs parents) accentue leur problème. Les jeunes adultes: les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Les informations venant du Programme national de contrôle du sida montrent que les années cruciales sont de 20-25 pour les femmes et de 25-35 pour les hommes. Or, 60% de la population du Kenya n'ont pas 20 ans! Et beaucoup d'enfants sont nés séropositifs parce que la mère avait le sida.

Ravages dans la société

Le sida frappe aussi l'économie du pays, principalement par la perte de main-d'oeuvre. Ensuite, les soins pour les malades atteints du sida sont très chers. Chaque nouveau cas de sida coûte approximativement 34.600 shillings kényans, tenant compte que 55% des malades du sida reçoivent un traitement dans un hôpital. Les soins à donner aux personnes infectées par le VIH coûtent également cher. Le VIH a causé une résurgence de la tuberculose, créant ainsi un gros problème de santé publique, surtout avec l'émergence des bacilles résistant aux médicaments. Le prix d'un traitement est d'environ 700.000 shillings par personne et par année.

Ce que fait le gouvernement

Le haut degré de prévalence parmi les hommes et les femmes arrivés à l'âge de procréation cause aussi un haut degré de prévalence parmi les nouveaux-nés. Ces enfants infectés meurent vite. Bon nombre de personnes, aidées par le gouvernement, se sont engagées dans la prévention et le contrôle du sida,

Le gouvernement établit en 1985 le Comité national du sida. Le secrétariat du Programme contre le sida fut créé par le bureau des services médicaux pour coordonner les activités de ce programme. Le Programme national du Kenya pour le contrôle du sida, fondé en 1987, a élaboré des plans stratégiques quinquennaux, divisés en deux sections.

Le premier plan à moyen terme (1987-1991) mit l'accent sur la conscientisation. On insista principalement sur la prévention de la transmission du sida par les relations sexuelles et l'emploi de sang contaminé, et sur la transmission de la mère à l'enfant. Ce plan visait aussi à surveiller la maladie (là où les infections sont contrôlées au niveau des localités et des districts).

Le second plan à moyen terme (1992-1996) a poursuivi les mêmes stratégies, insistant sur la nécessité d'incorporer tous les secteurs dans la prévention et dans les soins à donner, et sur l'aide spéciale aux victimes du sida. Le gouvernement a aussi consacré tout un chapitre sur le sida dans son Septième plan national de développement.

L'action des ONG

Un grand nombre d'organisations non gouvernementales se sont également impliquées dans la sensibilisation. L'Association des sidéens au Kenya (TAPWAK) est une organisation caritative. Fondée en 1990 par 15 personnes atteintes du sida pour être une tribune où parler de leurs problèmes de santé, elle fut enregistrée en septembre 1992, et lancée officiellement le 1 décembre 1992. L'organisation a créé aussi un mouvement pour les femmes séropositives, le POWOTA, visant à leur donner plus d'autorité. La TAPWAK a également lancé un projet pour les orphelins du sida, dans le but d'évaluer leurs problèmes et leurs besoins et y trouver une solution.

L'Institut bénévole pour la réhabilitation des femmes (VOWRI), de son côté, offre aux prostituées des conseils et des cours de formation pour les aider à trouver un emploi alternatif. Selon le Dr Elizabeth Nguyi, fondatrice et directrice de l'institut, quelques prostituées ont déjà été réhabilitées, et parmi elles des enfants. Lucy Wanjiry, âgée de l7 ans, avait été attirée dans le commerce du sexe par une copine quand elle n'avait que 13 ans, et y travailla pendant 4 années, avant d'être réhabilitée avec l'aide de VOWRI.

Campagnes de conscientisation

L'accent a été placé sur les campagnes de conscientisation: on distribue des prospectus dans les places publiques, et plusieurs programmes sont diffusés à la radio en plusieurs langues.

Mais tous ces programmes semblent se concentrer surtout sur la publicité pour l'usage des condoms, qu'on trouve même dans les bibliothèques! C'est ici que plusieurs organisations religieuses sont entrées en jeu. Elles ont créé des groupes pour aider les victimes du sida, qui essaient de combattre notamment les facteurs de risque, comme les relations prénuptiales.

Ces groupes aident beaucoup à porter les campagnes de sensibilisation au niveau de base, surtout dans les régions rurales. D'autres groupes sont plutôt centrés sur les villes. Mais les patients du sida ont tendance à retourner dans leurs villages, si bien que les ruraux doivent apprendre à soigner les sidéens.

Diagnostiquer le sida

Le nombre des gens atteints du sida et la façon dont le diagnostic a été fait, sont encore en grande partie couverts du manteau du secret. Selon un médecin, on est sûr d'être atteint du sida seulement après s'être soumis à un test sanguin, qui se fait en deux étapes, à trois mois d'intervalle - le temps qu'il faut pour déceler la présence des anti-corps depuis l'infection. Mais tout le monde n'a pas fait ce test; alors comment peut-on donner un chiffre exact?

Selon la définition donnée par l'Organisation mondiale de la santé en octobre 1985 à Bangui, il y a trois symptômes essentiels du sida: une perte de poids de plus de 10%; une diarrhée qui dure plus d'un mois; une fièvre d'origine inconnue, soit intermittente, soit constante durant plus d'un mois. Ces symptômes sont accompagnés par d'autres signes mineurs, comme des affections cutanées et une toux persistante.

Le sida est certifié s'il y a au moins deux signes essentiels et un signe mineur, et l'absence de tout critère d'exclusion (cancer, une malnutrition sévère ou d'autres causes connues). Toutefois, le professeur Luc Montaguier, ce Français qui fut le premier à découvrir le virus VIH, nous rappelle que le sida est une maladie sans symptômes typiques.

En tous cas, le sida est parmi nous, mais il n'est pas la seule (et même pas la plus terrible) maladie qui tue. Il y a certainement beaucoup d'incompréhension et de recherche du sensationnel. Si l'on veut surmonter le défi que pose le sida, il faudra un engagement au plus haut niveau pour mettre en oeuvre une stratégie multi-sectorielle pour la prévention et le contrôle du sida. Il faudra surtout se concentrer sur les jeunes. Il faut aussi trouver des ressources pour financer la prévention du VIH, les soins et l'aide à donner.

L' établissement d'un Conseil national pour le sida, donnant des directives au plus haut niveau, est lui aussi crucial. (cf. Le Septième plan national de développement þ document de la session numéro 4, 1997, sur "Le sida au Kenya").

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