ANB-BIA SUPPLEMENT

ISSUE/EDITION Nr 417 - 01/09/2001

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Congo RDC
Eglises d’inspiration africaine


EGLISES


Les Eglises, dites du réveil spirituel, pullulent actuellement à Kinshasa et à l’intérieur du pays

L’apparition de ces Eglises dans la capitale remonte à 1990, au moment où les pionniers de ce nouveau courant reprochaient aux religions traditionnelles (catholique, protestante, musulmane, kimbanguiste) leur hermétisme, leur torpeur, voire leur sclérose par rapport aux aspirations profondes de la population.

Face à la dégradation avancée des conditions sociales, économiques et culturelles, les “nouveaux pasteurs” ont exploité à leur profit ce désenchantement. C’était à un moment où toutes les structures nationales étaient remises en cause: 1990 était l’année de la perestroïka (changement), de la glasnost (transparence), bref de l’ouverture démocratique.

Pour beaucoup de gens, les Eglises traditionnelles avaient échoué dans leur mission essentielle, celle de veiller sur les brebis du bon Dieu. Le Christ, dont la plupart se réclamaient, n’avait-il pas annoncé: «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi; je suis le rocher dont jaillit l’eau vive»? Aussi, comme les moutons de Panurge, les gens sont allés chercher massivement consolation dans ces nouvelles Eglises, qui se sont mises à opérer et à distribuer des miracles: guérison de maladies qualifiées incurables, maternités pour des femmes jugées stériles, promotions socio-professionnelles pour des chômeurs à vie, mariages pour certaines femmes qui avaient coiffé la Sainte-Catherine...

Conséquence: les Eglises anciennes perdirent sensiblement leurs membres. De l’avis d’un bon nombre, le Christ agissait du côté des rénovateurs, alors que les Eglises conservatrices se mouraient à grand renfort d’objets transformés en idoles: chapelets, crucifix, statues, nattes musulmanes et autres eaux et ustensiles pour ablutions. Tout ceci étant, selon certains, contraire à l’un des dix commandements de Dieu.

D’après le pasteur Kutino Fernando, fondateur de l’Eglise “Armée de la Victoire”, «le grand secret pour accéder à la complicité et à la prospérité venant de Dieu, ne réside pas dans l’idolâtrie, mais dans la foi en ce qu’on a demandé au Seigneur. Il faut être un fou de la foi, comme je le suis moi-même. Même quand tout paraît sombre, il faut espérer de la lumière. D’ailleurs, les mots foi et fou s’écrivent presque de la même façon».

Dans les deux Congos, cet homme de Dieu est devenu un cas. Fin 1999, il a connu un énième emprisonnement. Il avait brûlé, durant une de ses prédications radio-télévisées, un banal cahier dans lequel étaient écrits des versets coraniques. Afin d’apaiser le courroux de la communauté musulmane, le gouvernement a dû intervenir en l’enfermant durant plusieurs mois.

Chanter et danser comme David

La musique constitue un puissant moyen de mobilisation. A cette même époque, on note la naissance d’une nouvelle race d’artistes, dits “chrétiens”, par opposition aux artistes “profanes”. Ces chanteurs chrétiens se révèlent des partenaires déterminants dans l’enracinement des nouvelles Eglises, grâce aux textes de leurs chansons inspirés par la Bible.

Il y a aussi l’apport indéniable des médias. A la suite de Fernando Kutino et de l’Eglise Sango Malamu (Bonne nouvelle), d’autres Eglises installeront progressivement leurs chaînes de radio et/ou de télévision. Pasteurs et télé-évangélistes y assurent leurs prédications. En compagnie de leurs fidèles, durant des cultes s’étalant sur quatre heures, ils adressent au bon Dieu cantiques, louanges, prières, souvent à tue-tête. Là se diffusent également leurs concerts et leurs théâtres évangéliques. Spectacles spirituels assurés!

Le théâtre de ces évangélisations, en même temps siège social des Eglises et lieu d’emplacement de l’émetteur et de tout le matériel télévisuel et radiophonique, occupe souvent des concessions ne dépassant guère 50 m. sur 25, dont elles sont propriétaires ou locataires. Mais ces nouvelles Eglises ne manquent pas d’occasions de troquer ces petits terrains contre l’un des deux grands stades de football de Kinshasa (40.000 et 80.000 places assises) qu’elles remplissent facilement, matraquage médiatique aidant, au point de susciter l’envie des plus populaires chanteurs du pays. Ceux-ci, chanteurs “profanes”, empruntent d’ailleurs de plus en plus des phrases ou des strophes dans le répertoire chrétien, conscients de l’impact envahissant de ces textes inspirés.

Envahissantes, les Eglises du réveil et leurs musiques le sont devenues également dans la mesure où le mouvement spirituel a gagné les provinces du pays et les pays limitrophes, l’Angola et le Congo-Brazzaville. A Brazza, de nombreux habitants ne jurent plus que par le nouveau modèle spirituel venu du Congo d’en face. Ces Eglises ont même gagné plusieurs villes euro-américaines, où la diaspora congolaise est en grand nombre. Partout elles ont placé leurs “ambassades”.

(Re)gagner l’Eglise pour gagner la vie

De nombreux jeunes et adultes, certains désoeuvrés, trouvent “refuge” dans les nouvelles Eglises. Les fonctions ne manquent pas: musiciens, choristes, services d’accueil et d’intercession spirituelle, nettoyage, etc. En même temps s’effectue leur propre (re)conversion en tant que “frère” et “soeur”, comme ils se désignent entre eux.

Dix ans après l’émergence de ce mouvement néo-évangélisateur, des questions se posent. Pourquoi plusieurs dizaines d’Eglises ont-elles vu le jour? «Goût du lucre», observent certains analystes, tout en précisant: «Il demeure vrai que la présence de Dieu règne sur cette ville; sinon nous ne serions plus là, avec toutes les crises qui s’abattent sur le pays». On ne parle pas encore d’essoufflement, mais divers observateurs notent çà et là des fissures dans ces nouveaux édifices chrétiens.

La course au leadership. — Hier alliés, des pasteurs de différentes Eglises se livrent actuellement une guerre sans merci, pas toujours doctrinale. Cela concerne beaucoup plus leur ego, leurs intérêts personnels, sous couvert de convictions religieuses. Leurs prêches sont devenus un moment favorable pour glisser quelques quolibets contre “l’adversaire”. L’enjeu consiste aussi, pour ces pasteurs télé-évangélistes mués en stars, de ramener à eux le plus grand nombre de brebis, fanatisées à souhait. Ainsi, les vieilles Eglises sont devenues des “arbitres”, observant les “jeunes” en train de se déchirer. «En ce qui nous concerne, nous ne forçons personne à venir prier chez nous, contrairement aux jeunes Eglises qui aiment pratiquer un discours-baratin», réagit Adéace, jeune Brazzavilloise fréquentant l’Eglise catholique, la “maison mère” comme on la surnomme à présent. A Kinshasa, cette “maison mère” a aussi ouvert sa radio, dénommée Elikya (espoir).

Conflits internes. — Laissant des pasteurs gérer à leur guise leur “boîte”, certains collaborateurs entraînent avec eux quelques fidèles et fondent “leur” propre Eglise. La (grosse) pomme de discorde demeure l’argent, les uns et les autres s’empoignant au sujet de l’usage et la destination des colossales offrandes récoltées durant les deux, trois ou quatre cultes hebdomadaires.

Autre point déstabilisateur, les rapports entre hommes et femmes, surtout chez les jeunes. Tant dans les rangs des fidèles que dans ceux des dirigeants ou encadreurs, ces relations ne sont pas toujours innocentes. Plusieurs chefs d’Eglises s’insurgent contre ces prétendues amours inspirées par l’Esprit: «Vous avez amené les choses du monde dans la maison de l’Eternel!». Cette dérive morale dans diverses Eglises a inspiré un grand artiste congolais dans une chanson intitulée ‘Elongiya Jésus’ (le visage de Jésus). Papa Wemba se justifie: «Je m’en prends à tous ceux qui portent le masque imitant le visage du Christ, et en profitent pour commettre du mal en son nom». Le clip-vidéo de cette chanson a provoqué d’intenses remous dans le pays et dans quelques villes ouest-européennes, particulièrement au sein de l’Eglise syncrétiste kimbanguiste. Elle s’est sentie visée. La tension était telle que le ministère de la Communication a interdit la diffusion des images incriminées. Le tribunal, saisi par cette communauté religieuse, a obligé l’artiste à payer une amende et à présenter publiquement ses excuses à cette Eglise. Celle-ci, de son côté, venait de démarrer les émissions de sa Radio Kintuadi (Radio Indépendance).

Entre l’Etat et l’Eglise

Le Congolais, l’Africain, est profondément croyant. Lorsqu’un événement vient troubler son environnement, il se tourne avant tout vers l’Etre suprême et providentiel, tout en se cherchant lui-même. Sans nul doute, ce sont ces mêmes motivations qui font bâtir à présent quantité d’Eglises du réveil en Afrique: au Ghana, au Nigeria, au Kenya, au Togo, au Cameroun, au Gabon, dans les deux Congos...

A Kinshasa, l’Eglise catholique n’ignore pas totalement le nouveau vent qui souffle. Elle a créé un courant de “renouveau charismatique”, afin de s’adapter aux nouvelles formes d’évangélisation. Cette initiative va-t-elle se généraliser? Connaîtra-t-on un nouveau genre d’oecuménisme, entre vieilles et jeunes Eglises?

A Kinshasa toujours, un nouveau pas vient d’être franchi par ces “jeunes” Eglises. Un certain nombre de leurs représentants ont été reçus par le nouveau chef de l’Etat, Joseph Kabila. Il compte les associer dans la conduite des affaires de l’Etat congolais, comme ils l’ont souvent souhaité. Une première. Ils seront désormais dans la cour des grands, où ils devraient rencontrer leurs aînés des Eglises traditionnelles. Inch’ Allah!


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