ANB-BIA SUPPLEMENT

ISSUE/EDITION Nr 444 - 15/11/2002

CONTENTS | ANB-BIA HOMEPAGE | WEEKLY NEWS


Bénin

Des femmes, des escargots et des champignons


DEVELOPPEMENT


«Ce que femme veut, Dieu veut», proclame l’adage. Au Bénin, les femmes du monde rural en ont assez de la misère. Dans plusieurs régions, elles se sont associées pour lutter contre la pauvreté

Le Bénin est encore rural à près de 70%. Sur les 6,3 millions d’habitants recensés en 2002, plus de la moitié sont des femmes. C’est dire leur importance dans le devenir de la nation. Et pourtant, la condition de la femme est loin d’être reluisante. Si la femme béninoise intervient au niveau de tous les maillons de la chaîne agro-alimentaire, depuis la production jusqu’à la consommation au sein du ménage, elle doit cependant se contenter des résidus. L’homme reste ici le seul acteur reconnu du développement.

Comme dans la plupart des pays africains, hélas, la femme du monde rural n’a pas droit à l’héritage et n’a pas accès à la terre, arme pourtant essentielle dans la lutte pour la sécurité alimentaire. Car, faut-il le rappeler, «l’homme qui a faim, n’est pas un homme libre».

Le combat pour le développement durable passe forcément par la sécurité alimentaire, définie par les spécialistes comme «la capacité d’un pays ou d’une région à assurer, en tout temps, que son système alimentaire procure à sa population entière un accès opportun à une offre alimentaire fiable pour une nutrition adéquate». Prenant conscience de leur misérable condition, certaines femmes ont décidé de prendre le taureau par les cornes…

Escargots et champignons

Allada est une ville située à une quarantaine de kilomètres au nord de Cotonou, la capitale économique du Bénin. Le voyageur est d’abord surpris par une armée de femmes qui lui proposent de la chair frite d’escargots. C’est que la vente d’escargots est devenue l’activité principale des femmes dans la région. Et, au-delà des moyens de survie quotidiens qu’il procure, ce commerce permet aux femmes de s’épanouir. A l’image de la culture et de la vente des champignons dans la partie septentrionale du pays, l’élevage et la commercialisation d’escargots fait désormais partie des activités génératrices de revenus dans plusieurs localités du Bénin.

C’est le fruit d’une coopération dynamique et efficace entre quatre organisations non gouvernementales locales et internationales; l’ONG béninoise CECODI (Centre international d’éco-développement intégré), l’ONG belge VECO, l’Association néerlandaise d’assistance au développement (SNV) et le Centre béninois pour le développement durable (CBDD).

Ce sont ces différents partenaires qui, en 1998, ont rendu opérationnel le projet de promotion de la Filière des ressources alimentaires non conventionnelles (FRANC). Au nombre de ces ressources, figuraient en bonne place les escargots et les champignons, connus et consommés par les populations depuis des lustres. Mais avant la naissance du projet, escargots et champignons étaient ramassés dans la nature, au gré des saisons, pour l’autoconsommation ou la vente.

Chefs d’entreprise

Ce projet a véritablement fait tache d’huile dans le pays. Au départ, il a eu comme partenaire le Centre d’actions régionales pour le développement rural (CARDER). Pour avoir longtemps travaillé avec les populations, les agents du CARDER connaissent mieux les réalités du terrain. Ils ont donc été sollicités pour la sélection des femmes et le suivi des activités. Le cadre de Dangbo, dans la vallée du fleuve Ouémé (50 km de Cotonou), avait été identifié comme propice à l’élevage d’escargots. Mieux, on y dispose également de substrats pour la production de champignons. Il revenait donc à ces «spécialistes» formées sur le tas, de disséminer les connaissances acquises dans leurs différentes localités et au-delà.

Aujourd’hui, les résultats sont là. La consommation des plats à base de champignons comestibles, ou d’escargots, dépasse le cadre traditionnel des ménages ruraux, pour intégrer les menus gastronomiques de plusieurs restaurants des villes du Bénin. Plus d’une centaine de femmes béninoises ont leurs escargotières. Des bacs à élevage, des couvoirs et abreuvoirs récemment distribués, permettent à d’autres de leur emboîter le pas. Du côté des productrices de champignons, on réclame des crédits pour asseoir la filière, tant les demandes affluent…

Après évaluation, les responsables des différentes ONG se frottent les mains. Le projet aujourd’hui en phase de consolidation, couvrant la période 2001-2005, bénéficie du financement du CBDD et d’une contribution du CECODI et de la SNV. Ainsi, 847 millions de francs CFA (près de 1,3 million euros) seront investis dans les zones rurales du Bénin pour donner aux femmes rurales des chances réelles d’améliorer leurs conditions de vie.

Mais, pourquoi donc le projet ne s’adresse-t-il qu’aux femmes? Réponse du responsable du CECODI: «Ce sont les femmes qui détiennent la connaissance. Traditionnellement, ce sont elles qui vont cueillir le champignon dans les champs. Ce sont elles qui aident à identifier les champignons comestibles et ceux qui ne le sont pas. Il en est de même pour les escargots…». L’autre raison qui, selon ce responsable, justifie ce choix, est relative à l’acuité des problèmes de disponibilité foncière qui se posent aux femmes: les activités visées ne nécessitent pas de grandes superficies.

On estime entre 3.000 et 5.000, le nombre de femmes que le projet se propose de former. Déjà, avec les premiers succès, les ambitions se font plus grandes. Il est de plus en plus question, par exemple, du séchage des champignons, de leur conservation dans des bocaux, de la mise en boîte des escargots, etc. Et demain, des escargots et des champignons en conserve dans les supermarchés du Bénin? Si Dieu..., pardon!, si les femmes le veulent.


SOMMAIRE FRANCAIS | ANB-BIA HOMEPAGE | WEEKLY NEWS


PeaceLink 2002 - Reproduction authorised, with usual acknowledgement