ANB-BIA SUPPLEMENT

ISSUE/EDITION Nr 464 - 15/10/2003

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Swaziland
Tradition et droits de l’homme
 


DROITS DE L’HOMME


Les femmes swazi sont toujours privées de beaucoup de droits.
La tradition et les coutumes priment...

Pour un roi, il n’est pas inconvenant de quitter son trône pour aller danser avec des adolescentes ou des jeunes femmes. Au contraire, c’est là la conduite correcte de quelqu’un qui veut respecter la coutume. C’est ainsi que le roi Mswati III, âgé de 35 ans et dernier monarque absolu en Afrique subsaharienne, aime choisir une jeune fille qui viendra rejoindre ses autres femmes dans le kraal royal.

Mswati III, qui a maintenant douze femmes, choisit souvant des jeunes filles lors de la “danse des roseaux”. C’est une danse traditionnelle qui fait partie des coutumes du Swaziland, où des jeunes filles dansent devant le roi.

Dans le passé, on faisait cette danse pour honorer la reine mère. Les jeunes filles coupaient des roseaux et les lui donnaient pour rebâtir la résidence royale. Mais dernièrement, elle est une occasion pour le roi de se choisir une nouvelle femme parmi les jeunes filles qui, pour la plupart, vont encore à l’école.

L’an dernier, des soldats de la garde royale ont été accusés d’avoir enlevé une écolière dans la cour de l’école pour qu’elle devienne la dixième femme du roi. Il l’avait remarquée lors d’une danse des roseaux. La mère de la fille avait alors intenté un procès contre la famille royale, l’accusant de briser les rêves de sa fille qui voulait continuer ses études en Afrique du Sud. Mais elle est vite revenue sur ses intentions, s’étant rendu compte que cela ne la mènerait à rien.

On ne peut rien refuser au roi

Traditionnellement, aucune fille ne peut refuser les propositions de mariage du roi. Selon les médias, la douzième femme que le roi vient d’épouser était une candidate au concours de Miss Swaziland cette année. Lors du concours, la candidate avait déclaré aux médias qu’elle était contre la polygamie, signifiant donc par là qu’elle ne voulait pas épouser le roi. Pourtant, quelques jours plus tard, elle est devenue une de ses femmes.

La “Voix de l’Amérique” a récemment annoncé que, selon des critiques de cette tradition, un nombre toujours plus grand de jeunes filles, surtout des citadines, fuient aujourd’hui la danse des roseaux. Mais il y en a encore, surtout de familles pauvres, qui aspirent à y prendre part, espérant éperdument que le roi les remarquera.

Il paraît que cette année 50.000 jeunes femmes ont participé à la danse des roseaux. Ce chiffre record n’a pas plu aux bailleurs de fonds. Ni à ceux qui luttent contre le sida. Ce qui s’y passe est tout le contraire du message qu’ils prêchent contre cette maladie. Ils voudraient que le roi arrête cette pratique.

Le roi dépense aussi des sommes énormes pour ses femmes. Elles vivent pour la plupart dans des maisons de luxe, avec chauffeur et autos somptueuses à leur disposition, alors que la majorité de ses sujets vit dans la pauvreté.

Les femmes swazi sont des citoyennes de seconde zone. Elles ne peuvent ni posséder des biens, ni signer des contrats, ni faire des emprunts à la banque. La loi électorale ne permet pas aux veuves, dont le mari est mort depuis moins de deux ans, de se présenter aux élections. Les veuves ne sont pas autorisées à visiter la famille royale, pour éviter qu’elles n’y apportent de mauvaises nouvelles. Plus humiliant encore, elles ne peuvent pas traverser un chemin devant une vache jusqu’à ce que la période obligatoire de deux ans de deuil soit passée. Pendant cette période elles sont censées être vêtues de noir.

La Constitution

En novembre prochain, le roi est supposé approuver la Constitution. D’après les militants des droits de l’homme, elle devrait faire disparaître certaines de ces traditions embarrassantes, qui font des femmes des citoyennes de seconde zone. D’après certaines clauses du projet de Constitution, les jeunes filles seront libres de choisir leur mari, les femmes auront accès au droit de possession. Elles pourront même faire des emprunts à la banque et gérer les affaires, et non plus seulement des salons de coiffure, comme c’est le cas jusqu’à maintenant...

Mais tout laisse prévoir une longue bataille. Le rédacteur de la nouvelle Constitution, est le prince David Dlamini, le frère du roi Mswati. Il affirme que dans la nouvelle loi fondementale il n’y a aura pas de discriminations contre les femmes; mais, ajoute-t-il, aucun de ses articles ne pourra entrer en conflit avec les coutumes et la tradition swazi. De plus, des traditionalistes masculins sont décidé à lutter contre toute clause pouvant menacer la position traditionnelle de l’homme comme chef de famille.

Les traditionalistes gagneront sûrement. Les autorités swazi ont d’ailleurs déjà déclaré qu’en cas de conflit entre la loi statutaire et la loi coutumière, c’est cette dernière qui prévaudra. Mais il y a aussi des signes qui montrent que les femmes commencent à bouger. Elles ne se laisseront pas faire et elles sont prêtes à se battre pour leurs droits.


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