Date: Mon, 10 Mar 1997 16:22:50 +0100
Subject: Rapport Azadho
NORD-KIVU: EXISTENCE DE CHARNIERS ET DE FOSSES COMMUNES
Un rapport de l'AZADHO
L'AZADHO est profondement preoccupee par les informations et faits de plus
en plus persistants, concordants et dignes de foi qui attestent l'existence
des charniers et fosses communes dans les territoires occupes par les
troupes de l'Alliance des Forces Democratiques pour la Liberation du
Congo-Zaire, et particulierement leurs allies des armees rwandaise et
ougandaise. D'apres les informations en notre possession, les troupes
rwandaises envoyees au front du Zaire par leur gouvernement sont en
majorite constituees des soldats Tutsi ayant perdu des parents pendant le
genocide de 1994 au Rwanda, ou dont les parents ont ete tues ou chasses des
zones de Masisi et Rutshuru par les ex-FAR et Interhamwe appuyes par
l'armee zairoise en 1995/1996.
Sous pretexte de poursuivre et punir les "genocidaires" de 1994, ces
troupes se sont livrees a des tueries massives commises actuellement dans
les zones de Masisi et Rutshuru, et visant tout membre de l'ethnie Hutu,
Zairois ou refugie de 1994, "infiltre ou "transplante" des annees 1950,
homme, femme, voire meme bebe.
Massacres, tortures, disparitions forcees et arrestations sont ainsi
perpetres avec une telle minutie que la section de l'AZADHO/Nord-Kivu et
plusieurs observateurs et groupes locaux des droits de l'homme parlent d'un
veritable genocide des hutu par la coalition AFDL/soldats rwandais. Un
temoin rappelle que <<pendant le genocide de 1994, les Interhamwe avaient
utilise le mot `Inyenzi'(cancrela) pour designer les Tutsi et justifier
leurs tueries. Aujourd'hui, le mot `genocidaire' utilise pour qualifier
tout refugie hutu installe au Zaire sert a legitimer l'elimination par
l'AFDL et ses allies du Rwanda, des Hutu, refugies ou Zairois.
Les soldats tutsi de l'armee rwandaise, principale composante des forces
de l'AFDL, sont cites comme les principaux auteurs de ces massacres. Mais
on signale qu'ils ont recu, notamment au debut de la guerre, un appui
considerable de la part des combattants "May-May" des tribus autochtones
qui combattent des milices Hutu dans le Masisi depuis 1993. Ainsi,
l'attaque du camp de Mugunga les 14 et 15 novembre 1996 qui a fait plus de
10 000 victimes etait une operation conjointe FPR/May-May decidee apres
trois jours des negociations aux termes desquelles, d'apres un temoin aux
accords, la partie rwandaise a accepte de verser aux May-May une somme de
US$ 10 000, en plus des armes et munitions.
Le genocide est deja en phase d'execution. De nombreux temoins oculaires
confirment l'existence, dans les zones de Masisi et Rutshuru, de plusieurs
charniers ou des corps des refugies, dont la plupart ont recu une balle
dans la tete, ont ete jetes par les forces de l'AFDL et/ou des soldats
rwandais depuis le debut de la guerre. Les temoignages situent trois
charniers, de 10,12 et 30 corps environs, "au dessus de Mugunga,a environ
une heure trente de marche". Il s'agit, precisent-ils d'hommes, de femmes,
parfois leurs bebes au dos, d'enfants, de vieillards. Tous ont recu une
balle dans la tete ,y compris les nourrissons." D'autres charniers seraient
situes a Kibumba, au fond du camp sur la frontiere rwandaise dans le petit
bois qui sert de limite. On denombre trois emplacements de 50 a 100
squelettes par site. Quatre autres charniers, beaucoup plus nombreux
seraient situes, d'apres un temoin oculaire,"au camp de Katale, quand on
entre au niveau de la riviere sur la gauche,passe le camp lui-meme,apres
environ 30 minutes de marche en entant dans la brousse et en continuant
vers l'ouest." Les temoins affirment que l'un contenait environ 200
personnes toutes tuees a l'arme automatique, un deuxieme avait plus ou
moins 300 cadavres. Il etait suivi de deux autres de meme importance. Les
temoins ont note "beaucoup de femmes et d'enfants, ayant tous une balle
dans la tete." D'autres charniers encore seraient situes "sur la plaine de
lave derriere le camp de Katale et Kahindo, en partant vers l'ouest dans la
direction opposee au Rwanda(...) des milliers de squelettes fauches a
l'arme dans leur fuite, puis recouverts de sheetings auxquels on a mis le
feu pour essayer de faire disparaitre ces restes."
Une organisation paysanne basee au Masisi soutient qu'une fosse commune a
ete creusee a Sake dans le cafeier d'un fermier nomme Madimba au mois de
novembre par des May-May qui y ont jete plusieurs centaines de corps de
refugies Hutu massacres quelques heures plus tot. Quelques rescapes ont pu
atteindre Ngungu "en tuant tout ce qui est zairois a leur passage." En
represaille, les May-May, appuyes par l'artillerie de l'AFDL, sont entres
dans la ville de Ngungu a l'aube du 19 novembre 96, et ont tue sans
distinction, femmes, enfants, Interhamwe et ex-FAR. Des temoins zairois
chiffrent a 1 500 le nombre de corps jetes dans une fosse commune creusee
immediatement apres le "nettoyage".
C'est a Nyamitaba, village Hutu de la collectivite de Bashali, zone de
Masisi, que s'est produit ce que d'aucuns ont qualifie de veritable
"hecatombe". Au matin du 21 novembre 96, les May-May ont encercle le
village avant d'y descendre et d'y tuer "a grand flot de sang, toute
categorie de personnes", rapporte un syndicat local de paysans. Il n'y
aurait eu aucun survivant parmi les 50 000 Hutu zairois du village qui
abritait aussi un millier de refugies. Le lendemain, d'autres massacres
sont signales a Nyakariba, considere comme le quartier general des milices
du Magrivi (Mutuelle Agricole de Virunga, officiellement un syndicat
paysan,mais souvent decrit comme la vitrine politique des groupes armes
hutu zairois) renforcees par les Interhamwe et ex-FAR. Cette fois encore
les May-May sont appuyes par les mortiers de l'AFDL, rapportent les temoins
qui signalent que seuls les femmes et leurs enfants ont ete epargnes sur
une population evaluee a pres de 25 000.
A Goma meme et ses environs, d'autres temoins situent des fosses communes
aux endroits ci-apres:
- sur les bords de la route de Sake, a la hauteur du lieu communement
appele "Trois paillotes", non loin de l'hotel Kalamo;
- aux environs de la bifurcation TMK/GOMA, derriere la station d'essence
Petroset devant le bureau Kasuku;
- 15 fosses de part et d'autre de l'axe Katindo;
- dans la cour de l'ecole primaire Anuarite, a cote du terrain de basketball;
- au petit marche dit "kasoko kacheche", plus d'une fosse commune ont ete
creusees;
- en deca de la route, dans le petit marche "kasoko instigo";
- dans la cour d'habitation de l'Inspecteur regional principal, en face du
lycee Amani.
Si les refugies etaient la principale cible de l'AFDL et de ses allies
pendant les trois premiers mois de la guerre , les Hutu zairois des zones
de Masisi et Rutshuru sont victimes d'actes de genocide actuellement
signales. D'apres le temoignage recuilli debut fevrier aupres d'une
organisation paysanne basee a Kitshanga(Masisi), les forces rebelles et
allies font une veritable chasse a l'homme dans le Masisi ou ils
recherchent les Interhamwe et les ex-FAR. Pour ce faire, des villages
entiers sont decimes, des innocents executes; justifiant leur action par
l'impossibilite de distinguer parmi les Hutu qui sont Refugies innocents,
Refugies Interhamwe, et Hutu immigres. C'est le cas des villages de Kasura,
Kahira, Kalungu, Kirumbu,etc...Ces perpetrateurs agissent dans l'impunite
totale, car a l'abri de tout observateur.
Meme dans les villes de Bukavu et Goma, les populations Hutu ne trouvent
pas asile. Des executions sommaires des Hutu sont en effet signalees
presque quotidiennement, comme celle de l'un des dirigeants hutu parmi les
plus connus, le commercant Muhozi, president de la Magrivi a Kiwanja
(Rutshuru), assassine avec son epouse le 7 janvier par des soldats non
identifies.
Parmi les disparitions forcees , on signale les cas de:
- Come, un hutu de Rutshuru, ancien agent au SNIP, qui, apres avoir ete
arrete et detenu a l'anciene prison de la "8eme circo" gendarmerie de Goma
pendant 14 jours debut fevrier, n'a plus fait signe d'existence;
- le nomme Bazar, ancien agent du SNIP et dignitaire de la IIeme
Republique, arrete au debut de decembre 96 a Goma et detenu pendant 50
jours a la meme prison de la gendarmerie avant de disparaitre;
- Tarcisse, un hutu de Rutshuru, agent a l'UNICEF, arrete le 13 janvier et
garde a la meme prison pendant un temps avant que sa famille perde toute
trace de lui;
- le nomme Elima, ancien fonctionnaire des Douanes a Goma, arrete le matin
du 28 janvier par des soldats de l'AFDL qui l'ont embarque a bord d'un
vehicule Land Cruiser aux vitres teintees, et dont on n'a plus eu de
nouvelles;
- Balibutsa Desire, dont sa famille n'a plus de nouvelles apres son
arrestation le 22 janvier par des soldats de l'AFDL en faction au poste
douanier de Gisenyi;
- deux hutu conducteurs de taxi dont les noms n'ont pas ete reveles,
disparus apres avoir transporte des soldats de l'AFDL a Goma.
Eu egard a la gravite des faits ci-haut decrits et allegues, l'AZADHO
RECOMMANDE:
1. Qu'une mission internationale d'enquete soit rapidement constituee
pour detrminer l'ampleur des massacres, verifier la realite des charniers
et foses communes, situer les responsabilites et faire des recommandations
sur une reponse internationale appropriee, afin que les victimes du
genocide de 1994 ne puissent pas se croire autorisees a se faire justice
elles-memes;
2. Que cette question de genocide des populations hutu refugiees ou
zairoises fasse partie du calendrier de toute negociation ou conference
generalement quelconque a etre organisee pour mettre fin a la crise dans la
region des Grands Lacs;
3. Qu'une force multinationale soit deployee immediatement dans la region
pour arreter le genocide en cours qui se commet loin des regards, et creer
des couloirs humanitaires en vue de faciliter le retour des refugies hutu
au Rwanda et garantir la securite aux populations zairoises deplacees.
Kinshasa,le 1er mars 1997
Guillaume Ngefa , president
---> Attention, please!
The material contained in this communication may not be taken
always to reflect the views of the sender.
He accepts no responsibility as to the accuracy of the original sources.
----------------------------- Greetings from --------------------------------
Rik De Gendt, Haachtsesteenweg 8, B-1210 Brussel, Belgium <rikdg@innet.be>
Voice: +32-2 229 17 77 or +32-75 26 02 39 - Fax: +32-2 229 17 78
-----------------------------------------------------------------------------