LES MORTS DE LA "LIBERATION"
La guerre de "liberation" a ete' faite de massacres des populations
civiles
au Sud-Kivu, au point qu'une bonne proportion des habitants de cette
province aura du mal a' croire un jour a' une quelconque liberation
dans ce
qu'aura ete' l'action de Laurent Kabila.
Ces massacres ont ete' perpetres a' l'endroit des populations Tutsi,
des
civils zairois et des refugies. Si des populations d'origine Tutsi
ont ete'
tuees par les soldats zairois (ex-FAZ) et des jeunesses desoeuvrees
quand
la guerre a ete' declenchee par les Banyamulenge, les populations civiles
zairoises et les refugies Hutu ont ete', par contre, massacres
exclusivement par les forces de l'AFDL.
Dans les lignes qui suivent, il est fait etat de quelques cas (echantillon)
des personnes tuees avant le 29 Octobre 1996 (prise de Bukavu), entre
le 29
et le 30 Octobre, et apres Octobre.
1. Massacres d'avant le 29 Octobre
Avec les mouvements d'infiltration et, surtout, l'annonce par les Radios
etrangeres (Canal Afrique) que les Banyamulenge avaient decide' de
prendre
les armes pour attaquer le Zaire, une operation de chasse aux Tutsi
avait
ete' declenchee dans la Plaine de la Ruzizi, a' Uvira et a' Bukavu
(a'
partir du 20 Octobre).
Cette operation etait menee par des jeunes, visiblement drogues et
sans
emploi, qui s'etaient investis dans un mouvement de "maintien de l'ordre",
erigeant des barrieres sur la voie publique et recherchant les Tutsi
dans
les quartiers.
Deja, vers le 10 Octobre, avec l'attaque de Lemera, le Gouverneur de
Region
(Pasteur Kyembwa Walumona) avait autorise' l'enrolement des jeunes
pour
"epauler l'armee". Ceux-ci s'etaient presentes en masse aux Autorites
militaires pour etre recrutes.
Ce mouvement des jeunes existait deja' a' Uvira et en Zone de Fizi.
Et ce
sont les jeunesses de Fizi et Uvira qui, debarquant a' Bukavu, ont
"reveille" les sans-emploi de Bukavu, amenant les autorites a' les
accepter
comme "collaborateurs dans la securite et l'identification
de l'ennemi".
Mais, dans la Plaine de la Ruzizi et en Zone de Fizi, les tueries ont
commence' en Septembre, dans le camp des Banyamulenge et celui des
populations locales, alors que les mouvements d'infiltrations etaient
en
cours.
Selon les donnees recueillies sur le terrain et le rapport 1996 de
Heritiers de la Justice fait etat de :
- 150 personnes tuees par les Banyamulenge a' Epombo , le 19 septembre;
- plus de 100 Banyamulenge tues, en reaction, par les Babembe a' Lutabura,
le 30.9.96;
- 14 personnes tuees par les Banyamulenge en village Aboke-Itombwe,
le 23.9
- 2 femmes tuees par les Banyamulenge dans le village Nakeko-Tanganyika,
le
27.9
- 12 personnes tuees par les Banyamulenge, en groupement Itara-Uvira,
le 27.9
- plus de 53 personnes Banyamulenge tuees par les soldats FAZ et FDD
et
jeunesses constituees pour la circonstance, du 11 au 28.9.
- En date du 6 Octobre, les Banyamulenge, appuyes par les elements de
l'APR
ont attaque' Lemera, tuant plus de 30 civiles, avec 7 malades alites
et 3
infirmiers.
- A Kidote, ils ont tue' 2 Pretres catholiques (Abbes Koko et Jean-Marie
Ndogole) et 18 fideles, le 6.10
- 150 personnes ont ete' massacrees a' Minembwe-Fizi par les Banyamulenge,
le 10.10
- 19 personnes ont ete' tuees par les Banyamulenge a' Munyaka-Itombwe,
le 10.10
- 28 personnes tuees par les Banyamulenge venant du Burundi, a' Kiliba,
18.10; en riposte l'armee zairoise a abattu 3 hommes armes parmi les
assaillants;
A Bukavu, les Tutsi etaient presentes aux autorites et renvoyes au Rwanda.
C'est avec l'attaque de Kidote et de Lemera et les massacres des paysans,
de 2 pretres catholiques, des infirmiers et des malades a' l'hopital
de
Lemera, entre le 6 et 8.10, que les militaires et les jeunes se sont
dechaînes a' Bukavu, recherchant et tuant les personnes Tutsi
et celles
presumees comme tel.
- 36 personnes d'ethnie Tutsi, ou presumees comme telle, ont ete'
massacrees a' Bukavu, par les militaires FAZ et les milices des jeunes,
entre le 10 et le 28.10. Parmi ces personnes, figure le Professeur
Rukatsi
(Isp-Bukavu) confondu a' un Tutsi et lachement assassine' par des jeunes
dits "combattants".
2. Personnes tuees entre le 29 - 31 Octobre (*) et en Novembre
a) a' Bukavu
Les listes exhaustives des personnes tuees a' Bukavu, par les soldats
de
l'AFDL, entre le 29 et le 31 Octobre sont jalousement detenues par
certaines Paroisses, les services de la Croix Rouge locale ainsi que
quelques Chefs de quartiers.
Les donnees mises ensemble etablissent un chiffre de plus de 450 personnes
civiles (chiffre Heritiers de la Justice) massacrees en ville par les
soldats de l'AFDL, a' la prise de Bukavu.
Le tableau ci-dessous donne un echantillon de l'oeuvre des rebelles,
en
deux journees, a' Bukavu, plus precisement dans les quartiers Nyawera,
route Brasserie, Camp TV, Essence, Poste, ISP, Muhungu :
1 Mgr Christophe Munzihirwa
Archeveque-Bukavu abattu alors
qu'il venait de la Cathedrale
2 Jean-Pierre Biringanine
Membre Udps-Nguba tue' avec Mgr
Munzihirwa
3 Chauffeur Mgr Munzihirwa
Nguba tue' avec Mgr Munzihirwa
4 Julie Bahindwa
Nguba tuee dans sa vehicule avec 7 autres
personnes
5 Melle Muhigirwa
Nguba tuee dans le vehicule de Julie Bahindwa
6 Chouchou
Nguba tuee dans le vehicule de Julie Bahindwa
11 Belle-Soeur Me Kyalangilwa
Nguba tuee dans le vehicule de
Julie Bahindwa avec ses 4 enfants
12 Luhinzo Lugwire
Commercant-Bukavu tue' dans sa voiture,
avec sa famille
13 Cheusi Ntakobanjira
Epouse Luhinzo tuee avec son mari
Luhinzo et famille
14 Luhinzo Nzigire
Fille de Luhinzo tuee avec ses parents
dans la voiture
15 Luhinzo Mulume Oderhwa
Fils de Luhinzo tue' avec ses
parents dans la voiture
16 Luhinzo Zirhayana Ibirhi
Fils de Luhinzo tue' avec ses
parents dans la voiture
17 Chiba Mutula
Fille de Luhinzo tuee avec ses parents dans
la voiture
18 Me Tshibangu
Procureur General-Bukavu tue' dans sa
voiture, avec sa famille
19 Mme Tshibangu
Epouse Tshibangu tuee avec son mari et ses
2 enfants
20 Enfant Tshibangu
enfant Tshibangu tue' avec ses parents
21 Enfant Tshibangu
enfant Tshibangu tue' avec ses parents
22 Zihalirwa
Muhungu (agent Caritas) abattu au quartier
Muhungu
23 Baba Armand
Agent Ozac tue' en cours de route
24 Shababirhi
Commercant-Ibanda tue' en cours de route
25 Ndovu wa Uswahili
Journaliste R..Maendeleo tue' en cours
de route
26 Tshasuma
fonctionnaire-Nyawera abattu dans sa parcelle
27 Cele' Chijoli
Muhungu abattu a' l'entree de sa maison
28 Ndagano Fils
Muhungu tue' en route, pendant la fuite
46 18 personnes, camion IDI
route Walungu Camion Toyota
pulverise' a' la rockette
53 Famille Sentinelle GTZ
agent Projet Kabare 7 personnes
tuees, famille entiere
55 Kabonjo
Cahi tue' dans sa parcelle
56 Chalazire
Bizimana tue' dans sa parcelle
70 14 personnes Famille Muderhwa
Kaza-Roho abattues dans
leur parcelle
71 Mujugula Chihenga
Kaza-Roho tue' devant sa maison
72 Jumeau Blito
Mulengeza freres jumeaux tues devant leur
maison
73 Jumeau Blito
Mulengeza freres jumeaux tues devant leur
maison
74 Madaga
Kaza-Roho tue' en cours de route
75 Nende Lwiko
Mulengeza tue' en cours de route
76 Bashimbe Lunyeruka
Mulengeza tue' en cours de route
77 Baba Ganywa
Kaza-Roho tue' en cours de route
78 Murhega
Panzi tue' en cours de route
79 Nongo
Mulengeza tue' en cours de route
80 Papa Chihimba
Nyawera tue' avec son fils
81 Dieudonne' Chihimba
Nyawera Fils de Papa Chihimba
82 De Pama
Agent de Garde-Bralima tue' devant les
installations Brasserie
83 Enfant Magambo
Nyawera-GTZ Enfant Magambo, Directeur Pr.
Kabare
84 Enfant Magambo
Nyawera-GTZ Enfant Magambo, Directeur Pr.
Kabare
85 Fils Mpanga
Cimpunda Fils de Mpanga, sentinelle
86 Espoir
Nguba tue' au quartier, il entrait chez le
voisin
87 Infirmier CECA
Nguba abattu au centre de sante
88 Bonane
commercant Nguba tue' chez lui
89 Kinja Migabo
Etudiante UCB abattue en cours de route
90 Fils Bashizi
Agent Air Zaire abattu en cours de route
91 Ndoni
Nyawera abattu en cours de route
92 Biringanine Kaliri
Journaliste R.Maendeleo tue' quand il
quittait le studio
93 Mihigo Lushembe
Pasteur Cepza-Nguba abattu a' l'eglise
94 Crispin
Nguba tue' en route
95 Mweze Baba Espee
vendeur Nouvelle Alliance tue' en route
96 Sentinelle
Nguba tue' en route
97 Sentinelle
Nguba tue' en route
98 Euphrem
Agent Pharmakina tue' en route
104 Hubert Mboma
Directeur Zaire Fina tue' avec famille (5
personnes)
105 Mme La Vaisselle
Commercante abattue devant sa maison
110 Lukifu
Commercant tue' dans sa voiture, avec 4 enfants
117 Raymond Hamuli
Commercant, Soweto Box tue' dans sa
voiture + epouse et 5 enfants
118 Assumani Kinankubo
Directeur Finances- Sonas tue' dans
sa voiture
119 Fils Apete
enfant Directeur Sonas abattu dans la voiture
familiale
120 Norbert Guhanika
Etudiant UCB tue' en route
121 Etudiant (ami Norbert)
Etudiant UCB tue' en route
122 Charles Buhalagarha
Agent Vendeur tue' en route
123 Zinal (ami Cele' Chijoli)
enseignant tue' en route
135 12 personnes, Baba Alliance
Famille Baba Alliance tuees
dans leur parcelle
136 Madaga
Kaza - Roho tue' devant sa maison
137 Simon
Taximan-Quartier Essence abattu au quartier,
devant sa parcelle
138 Pierre Mihogo
Infirmier Hopital General tue' dans le
vehicule de l'hopital
140 Chauffeur Hopital
Hopital General tue' avec Pierre dans
vehicule
141 Patient Fils
etudiant-Av.Poste tue' a' l'entree de la
maison familiale
142 Fobe' Chishungu
Quartier Ndendere tue' dans sa parcelle
143 Kubaburhanzi
Muhungu tue' dans sa parcelle
144 Shabani Itumba
Commiss. urbain Assist. tue' en cours de
route
Les chiffres de morts a' Bukavu ne sont pas complets etant donne' que
certaines familles ne pouvaient ni pleurer les leurs ni les declarer.
D'autres rescapes devaient fuir et abandonner leurs morts sans pouvoir
les
enterrer.
Les morts de la Zone de Bagira, ainsi que les centaines de persons
tuees
dans des voitures en direction de la Brasserie ne sont pas tous recenses.
La plupart des personnes tuees a' Nyawera et sur l'axe Hopital - Brasserie
etaient des familles qui fuyaient en vehicules. Tous les vehicules
qui ont
ose' quitter la ville dans la soiree du Mardi 29.10 et pendant la journee
de Mercredi 30.10 etaient litteralement arroses de balles ou pulverises
a'
la rockette.
Les morts ont ete' jetees dans des fosses communes creusees a' la hate
par
les populations sous menace et dans des trous a' ordures et WC. Ces
enterrement sommaires ont ete' faits par les soldats de l'AFDL et des
personnes mobilisees et sous menace des rebelles.
Les temoignages des personnes qui ont participe' a' ces enterrements
sommaires font etat de plus de 100 fosses communes, comprenant chacune
entre 5 et 30 personnes, eparpillees a' travers la ville de Bukavu,
dans
les quartiers cibles.
Les fosses communes se retrouvent au marche' de Nyawera, a' la Poste,
dans
les champs de l'Isp, a' Muhungu, en face de la Coocec, sur la descente
en
face de la Sonas, a' l'Athenee d'Ibanda, devant l'Hopital General,
derriere
la Clinique, a' l'entree de la Bralima, au Camp TV, ....
b) Dans les villages peripheriques
A partir du Vendredi 25 Octobre, les "rebelles" avaient occupes les
villages situes a' la sortie de Bukavu ainsi que les quartiers
peripheriques. Les paysans qui s'etaient retrouves en face de ces rebelles,
soit parce qu'il les avaient surpris dans son champ, soit parce qu'il
les
avait decouverts ou rencontres sur la route etaient tues. De meme ceux
dont
les habitations se trouvaient autour des camps des refugies ont ete'
attaques et tues.
Les ex-FAR et les milices Hutu, deja' en uniforme et armes, s'etaient
egalement mis a' tuer des personnes civiles, soit pour leur extorquer
des
biens, soit pour les empecher de fuir.
- 98 personnes tuees par les Banyamulenge, entre le 25 et le 28.10,
en
localites Cidaho, Musakambo, Kamisimbi, Muku-Chomuhini, Nyantende,
Mumosho;
- 12 personnes ont ete' tuees a' Lwakabirhi par les rebelles, le Lundi
28.10
- 8 personnes ont ete' massacres a' Ciriri, vraisemblablement par les
Hutu,
le Mardi 29.10
- 2 personnes (Mrs Mutalyanshogo, de Cidaho et Banywesize, de Musakambo)
ont ete' tues par les rebelles, le 27 et 29.10, en Zone de Walungu.
3. Les refugies
- Dans la nuit du 13 au 14.10, des bandes armees Banyamulenge ont attaque'
le camp des refugies de Runingu (refugies rwandais et burundais), en
Zone
d'Uvira: plus de 150 personnes ont ete' tues et quelques centaines
d'autres
blessees
- Les camps de Luvungi et Kamanyola ont ete' attaques, le 12 et 14
Octobre:
le chiffre des refugies tues vont jusqu'a' 500 personnes.
- L'attaque du camp de Mushweshwe, a' Comuhini, Samedi 26.10, donne
un
bilan approximatif de 56 personnes tuees.
- Les refugies rescapes de Kamanyola et Luvungi, et qui s'etaient
provisoirement installes a' Kidodobo, en route pour Chimanga, ont ete'
massacres sur la cour de Kidodobo, le Samedi 26.10 : les paysans qui
ont
ete' forces de faire les enterrements ont temoigne' de l'existence
de 22
fosses communes pour plus de 400 personnes massacrees.
- Le meme jour, le grand camp de Nyamirangwe etait bombarde': le nombre
des
morts enterres par les villageois fait etat de 620 personnes. Ce chiffre
est sous-estime etant donne' que le lendemain, les rebelles avaient
enterre' certains morts avec les elements du Contingent Zairois pour
la
securite' dans les camps, egalement tues sur place.
- Le camp de Chabarhabe a ete' attaque' le Lundi 28.10 par un
commando des
rebelles venant de Chomuhini: les paysans y ont enterre' quelques 35
refugies, une semaine apres la prise de Bukavu.
- C'est entre le 4 et le 5 Novembre que les deux camps de l'INERA et
de
Kashusha ont ete' bombardes a' partir des hauteurs du Parc. Le bilan
a ete'
tres lourd car les survivants aux bombardements etaient tues aux armes
ordinaires dans leur fuite dans le Parc. On estime le nombre des personnes
tuees a' plus de 5.000 morts. A Kashusha et les villages environnants,
les
paysans reconnaissent avoir enterres plus de 3.450 corps. D'autres
corps
sont restes, jusqu'a' present, a' l'entree et dans le Parc ou' les
cranes
font desormais partie de la vegetation!
- Plus de 3.500 personnes, refugies Hutu Rwandais et Burundais, ont
ete'
massacrees dans le camps de Chimanga, en Zone de Walungu. Les tueries
de
Chimanga ont de particulier qu'ils ont ete' operes, en deux phases,
dans un
simulacre de recensement pour distribution des vivres. Le 17.11, ce
sont
les adultes, hommes et femmes, qui ont ete' enfermes dans un hangar
et
fusilles; le 18.11, c'etait le tour des enfants, restes sous surveillance
des assaillants, qui ont ete' acheves a' coup de poignard et de machette.
Les corps ont ete' enfouies dans des trous a' ordures (W-C) et dans
des
fosses communes creuses, sous menace, par les paysans de Kankinda.
La chasse aux refugies Hutu s'est poursuivi partout, sur les differents
axes qu'ils prenaient dans leur fuite. Ceux qui ne pouvaient pas suivre
les
colonnes de tete etaient massacres et mis dans des fosses communes.
Il s'agit d'un veritable genocide des Hutu, planifie' et mis en execution
a' partir de Kigali. Une des missions primordiales des rebelles a donc
ete'
l'extermination des refugies Hutu sur le territoire zairois. Cette
extermination a commence' par le demantelement des camps, avec
bombardements a' distance et attaques armees et fusillades aveugles
a'
l'interieur, dans la population des refugies. Elle a ete' poursuivie
partout ou' pouvaient se trouver les Hutu, les pourchassant et les
tuant a'
la bombe, au fusil ordinaire et a' l'arme blanche.
Le massacre des Hutu s'est poursuivi egalement sur les differents axes
ou'
ces derniers essayaient de passer pour rentrer au Rwanda et dans les
convois des organismes humanitaires qui les embarquaient pour leur
rapatriement.
Des qu'un groupe des refugies faisant le trajet du retour, pour regagner
le
Rwanda, etaient identifies, les soldats allaient a' leur rencontre,
en
premier lieu, pour tuer les hommes et les jeunes. C'est apres leur
horrible
besogne qu'ils autorisaient les organismes humanitaires a' aller recuperer
les enfants. Ceux qui avaient la chance d'etre reperes avant
par les
Organismes humanitaires, etaient arretes et tries aux differentes barrieres
eriges sur les routes par les soldats de l'Afdl: les hommes et les
jeunes
etaient debarques des camions pour une destination inconnue d'ou' ils
ne
rentraient plus; seuls les femmes et les enfants pouvaient continuer
le
voyage! Les chauffeurs et convoyeurs des camions des organismes ne
pouvaient sauver ces morts programmes qu'ils embarquaient.
Les refugies Hutu qui n'avaient pas fui et qui s'etaient caches dans
des
maisons en ville et dans les villages ont ete, dans la periode de Novembre
1996 a' Avril 1997, identifies et amenes au Camp Saio a' Bukavu ou'
ils
etaient massacres et jetes dans de nombreuses fosses preparees a' cet
effet.
4. D'autres abus
Les elements de l'AFDL se sont illustres par le pillage systematique
des
entrepots, des magasins, des services et bureaux ainsi que des habitations.
a) En plus des vehicules abandonnes par les FAZ et les refugies, dans
leur
fuite, et qu'ils ont recuperes, les "liberateurs" se sont mis
a' prendre
les vehicules stationnes dans les parcelles des prives et des organismes.
Certains vehicules ont ete' directement amenes au Rwanda, d'autres
ont ete'
partages par les soldats et les leaders de l'AFDL.
b) Les rebelles ont pille' Bukavu. Avant la prise de Bukavu, 2 a' 3
etablissements (CICR, Projet Kabare, Temple Evangelique) avaient ete'
pilles par les FAZ. C'est a' partir du Mercredi 30 Octobre que la ville
a
ete' mis a' sac par les rebelles et des jeunes desoeuvres de Kadutu.
Des chargements de biens (stocks de vivres, marchandises, meubles,
machines,...) et equipements (machines, ordinateurs, equipements de
travail, divers moteurs, vehicules ne pouvant pas rouler...) ont ete'
organises de Bukavu a' Cyangugu a' partir du 1 Novembre 1996, le jour
et la
nuit.
c) Les personnes tuees etaient directement fouillees par les rebelles:
les
bijoux, argent et autres objets de valeurs qu'ils avaient sur elles
etaient
ainsi emportes par ceux-la' meme qui les avaient tuees.
d) Les rebelles et leurs familles se sont empares des maisons d'habitations
privees en ville de Bukavu. Ils les ont videes des biens et equipements
qu'ils amenaient au Rwanda pour les vendre sur le marche' a' Kamembe
ou
qu'ils gardent encore pour eux.
e) A la prise de la ville de Bukavu, les personnes qui fuyaient sur
l'axe
Lycee Wima - Karhale ont ete' depouilles par les rebelles qui exigeaient
des dollars afin de laisser passer les gens. Les hommes adultes juges
fortunes, par les rebelles, qui osaient refuser de donner l'argent
ou qui
n'avaient rien etaient tues.
Pendant les deux premiers jours de la prise de Bukavu, les rebelles
ont
erige' des barrieres sur certains axes routiers (Cimpunda, Essence,
Nyamugo). Les gens, pour y passer, devaient donner des dollars ou des
objets de valeur (radios, montres).
f) Dans les zones rurales (Walungu, Kabare, Kalehe), les rebelles se
sont
mis a' arracher des vaches aux paysans et a' violer des femmes.
Pour les vaches, le discours a ete' que "les vaches, c'est la propriete'
exclusive des Tutsi; les bashi ne peuvent pas avoir des vaches".
On connaît plusieurs cas de viols d'ecolieres et de jeunes femmes
perpetres
par les soldats de l'AFDL, dans les villages et en ville de Bukavu,
entre
Novembre 1996 et Janvier 1997.
g) Les phonies, les talkies-walkies, les valises satellitaires et autres
equipements de communication ont ete' tout simplement pris par l'AFDL,
sous
le pretexte que les detenteurs etaient en contact avec Kinshasa et
l'exterieur.
Les zairois qui avaient achete' des biens aupres des refugies Hutu,
meme 2
- 3 ans auparavant, ou qui les gardaient pour eux, ont vu debarquer
les
soldats et agents de l'Afdl pour les prendre par force, menacant les
detenteurs de "collaboration avec l'ennemi".
h) Certaines institutions et maisons etaient detruites apres les pillages:
c'est le cas des Etablissements Uzabuco et des depots du Marche' central
de
Kadutu.
i) L'ISP-Bukavu a ete' particulierement detruit par les rebelles. Apres
l'avoir occupe' pendant plus de trois mois, ils l'ont libere' entierement
mis a' sac : les documents officiels, les livres, les archives ont
brules;
les portes des chambres des etudiants ont ete' fracassees; certains
bureaux
et etageres ont ete' utilisees comme bois de chauffe.
Des locaux de cours et bureaux de travail ont ete' transformes en lieux
d'aisance et en depotoirs.
j) A part ces degats materiels, il faut souligner les multiples sevices
qu'endure la population aussi bien en Zones rurales que dans la ville
de
Bukavu: des cas reguliers de bastonnade dont certains donnent lieu
a'
deces, crachats sur les gens, langages denigrants, ...
Tel est le prix de cette "liberation" que Kabila a apportee.
Les habitants du Sud-Kivu, dans la grande majorite, sont traumatises.
Les
milliers des morts innocents, les fosses communes, l'extermination
des
refugies Hutu, le pillage de la ville et des zones rurales, les viols,
les
brimades et autres actes de provocation, les enlevements et les massacres
des populations (en Juin 1997: plus de 260 personnes tuees par les
soldats
a' Uvira), ... sont des faits qui ne s'effaceront pas facilement.
La population, au lieu d'etre reellement liberee, se trouve emprisonnee
dans une dictature plus feroce et une domination imposees par le Rwanda.
Deja, certains personnes vont jusqu'a' souhaiter le retour du mobutisme:
la
dictature de Mobutu risque d'apparaître plus positive que la
liberation
actuelle !
Ici, on parle d'une prochaine liberation a' attendre!
APOGEE '97
Juin 1997