Chers Amis,
Ce jour ou nous faisons memoire de l'assassinat de Mrg Munzihirwa,
Archeveque de Bukavu, nous vous proposons pour ce texte.
LES DERNIERES HEURES A L'ARCHEVECHE.
La semaine, si pas tout le mois, notre Archeveque avait deploye une
grande
activite. Souvent on lisait le souci sur sa figure et il parlait de
temps
en temps de la possibilite d'une mort violente.
La demission lamentable de la plupart des responsables administratives
et
militaires avait fait de Monseigneur presque la seule autorite a s'occuper
vraiment du sort de la population desorientee. Un groupe d'une vingtaine
de
personnes appartenant a la societe civile s'etait constitue autour
de lui
en Comite de Defense pour la sauvegarde des interets de la population
abandonnes, livree au chaos des pillages et la chasse a l'homme. Une
premiere rencontre eut lieu le 25 octobre. On passa en revue la situation
qui se revelait extrement grave. Il fut donc decide d'adresser aux
responsables de la situation et a la communaute internationale un cri
d'alarme. Celui-ci soulignait combien les populations du Kivu s'etaient
toujours montrees accueillantes a l'egard de tous ceux qui cherchaient
refuge chez elles; il ne fallait pas leur repondre par de l'ingratitude.
Monseigneur l'Archeveque prit sur lui de signer le message. La reunion
suivante fut fixee au mardi 29 octobre 1996 a 14 h00 a l'Archeveche.
Dans la matinee de ce mardi, Monseigneur avait du aller mettre en securite
au College des soeurs Trappistines qui fuyaient de Murhesa, ou elles
etaient traquees a cause de leur appartenance ethnique Tutsi. De retour,
nous avons dine ensemble a 13 h00. Aussi etait - il pret pour la reunion
a
l'heure prevue.
Il y avait plus de vingt participant. Une fois de plus la situation
parut
extremement grave. Les assaillants etaient a 5 Km de la ville; nos
militaires s'illustraient dans le pillage, ravissement des vehicules
pour
fuir, ranconnaient, etc. Deja a partir de FIZI et d'UVIRA, ils avaient
enrole des jeunes qu'ils appellaient des combattants et qui faisaient
la
chasse aux Tutsi reels ou supposes : le professeur(HUTU) RUKATSI de
l'ISP
venait d'etre tue par eux la veille. D'autre part, apres plus d'une
semaine
de couvre - feu, la faim sévissait dans les familles. Une autre
mission fut
donc confiee a Monseigneur l'Archeveque. Comme un nouveau Gouverneur
militaire venait d'arriver, Monseigneur irait le voir au nom de l'Assemblee
pour lui demander :
1) Qu'il rende possible la circulation vers Mudaka, pour que les gens
puissent y aller se ravitailler.
2) Qu'il interdise l'enrolement des jeunes qu'on drogue et trompe,
en leur
disant qu'ils deviennent invulnerables et qui pillent, blessent et
tuent
sur simple denonciation non verifiee.
Il est a peu pres 16 h00 et la reunion touche presque a sa fin, quond
entend une detonation tres forte, suivie d'autres tirs a l'arme lourde
et
legere. Tout le monde est surpris, mais on ne doute pas que ce soient
les
FAZ. Monseigneur exprime sa crainte pour la cathedrale devant laquelle
est
installe un lance-roquette depuis deja deux semaines. C'est d'ailleurs
de
la qu'on semble tirer. Nous terminons tout de suite la reunion par
la
priere de Notre Pere.
Mais les gens sont obliges de rster parce que les tirs continuent
tonitruants. Un peu avant 18h00, comme il y a une acalmie, Monseigneur
sort, accompagne d'un gendarme de FAZ. Il part dans l'intention d'aller
passer la nuit au college Alfajiri...
Il est 17h55 lorsque la ROcky blanche, conduite par le chauffeur du
college
est immobilisee a la place dite Nyawera par des tirs en rafale. Monseigneur
sot immediatement de la voiture, suivi du chauffeur. UNE CROIX DANS
LA
MAIN, IL SE DIRIGE VERS LES MILITAIRES QUI ONT PRIS POSITION DU COTE
DROIT
DE LA CHAUSSEE(direction de la frontiere). CEUX CI LE PLACENT CONTRE
LE
POTEAU SUR LEQUEL EST SUSPENDU LE PANNEAUX INDICATIF DE LA SOCIETE
D'ELECTRICITE DES GRANDS LACS(Silenac). A quelques quinze metres de
lui le
chauffeur est immobilise contre un arbre. Le militaire qui servait
de garde
de corps (pour empecher que les pillards ne confisquent le vehicule)
est
abattu tandis qu'il sort de la voiture.
MOnseigneur etait place regardant vers la chaussee...
Le lendemain plusieurs personnes, passant dans la fuite par cet endroit
ont
pu voir le corps affaisse contre la grille de SINELAC, un chapelet
blanc
pres de la main, paisible et sans blessure apparente sur le devant.
Une
seule blessure a l'arriere de la tete est la seule qui fut constatee
par
ceux qui ont prepare le corps pour le mettre dans le cercueil. Le vehicule
se trouvait le lendemain, crible de balles, a plus de cent metres au-dela,
le nez sur le trotoir, a l'autre issue du Carrefour.
VEILLEE.
Dans la matinee du lendemain, des passants previnrent les habitants
de la
maison de formation des peres Xaveriens(Vamaro) a quelques mettres
de la,
de l'autre cote de la route menant ves l'Institut Superieur de Pedagogie
(I. S. P). Les peres entreprirent alors des demarchent aupres des soldats
qui gardaient le carrefour en vue de recupere la depouille mortelle.
Ce
n'est que vers 17h00, que les Peres et les scolastiques Xaveriens de
Vamaro
furent autorises a recuperer le corps et purent le transporter chez
eux.
Sans tarder, ils ont organise une veillee mortuaire, pendant qu'on
fabriquait un cercueil avec les planches des bancs de la communaute.
C'est
dans ce cercueil de fortune qu'on deposa notre MZEE.
Extrait de IN MEMORIAM, MONSEIGNEUR
CHRISTOPHE MUNZIHIRWA, S.j Archeveque
de Bukavu, SERVITEUR ET TEMOIN, ed. Loyola, p.10 - 11.