AZADHO: massacre a' Goma

        Sun, 15 Feb 1998 03:00:12 +0100
 
 

AZADHO
COMMUNICATION DE PRESSE N° 005/98

Nord-Kivu : les massacres continuent au nom de la guerre contre les May-may

L'AZADHO est profondement preoccupe par les informations qui confirment la
poursuite dans la province du Nord-Kivu des massacres commis contre la
population civile par l'armee AFDL sous le pretexte de lutte contre les
combattants "May-May". Depuis debut decembre 1997, le territoire de
Walikale, suppose' heberger des rebelles May-May, est le theatre
d'operations meurtrieres menees par l'armee AFDL sous les ordres d'un
officier dont la population, qui signale la cruaute' de ses actes, ne
connaît que le sobriquet de "Commandant Kagame-Homme-Fort".

Les informations sont que cet officier, a son arrivee au poste a Pinga, a
convoque le 3 decembre 1997 les chefs des cinqs groupements locaux pour une
reunion au cours de laquelle il a clairement fait savoir que la mission de
ses troupes etait d'exterminer la population consideree comme complice des
May-May.

La premiere operation des troupes du "commandant Kagame" a ete effectuee le
10 decembre 1997 dans la localite de Mera, collectivite Wanianga
(Walikale). D'apres les temoins, Mera a d'abord ete' encerclee par les
soldats qui l'ont ensuite attaquee à l'artillerie lourde avant d'y faire
leur entree. Le nombre des morts n'est pas signale', mais des sources
parlent d'une dizaine de victimes, la majorite' de la population ayant pu
s'enfouir dans la foret. Les soldats ont ensuite incendie' la localite'
maison par maison, epargnant seulement la chapelle de l'eglise
penticotiste, le batiment de l'ecole primaire et celui du centre de sante.
Les soldats ont emporte un important butin compose de chevres, d'huile de
palme, de sacs de riz et de la volaille, appartenant aux paysans.

Apres la localite de Mera, celle de Limangi a ete attaquee le meme jour
avec les memes methodes. C'est a Limangi qu'un incident a donne aux soldats
l'occasion de deployer une rare cruaute. Un soldat etant decede', de mort
naturelle selon toute vraissemblance, les troupes ont attriubue sa mort a
des pratiques de sorcellerie de la population locale. La decision
d'executer toutes les femmes celibataires considerees comme "cannibales" a
alors ete' prise. Les localites  de Misau, Maninge-Mirenge, Kaseke-Misoke et
Rungoma ont été pilles par les soldats a' la recherche de femmes
celibataires. Le 18 decembre a Misoke une jeune femme nommee Kahindo a ete'
attrapee et tabassee cruellement avant d'etre achevee par une balle dans la
poitrine et d'etre balancee par-dessus le pont de la riviere Ossa. Une
autre, nommee Shimirayi, de la localite de Rungoma, a ete' attrappee alors
qu'elle revenait des champs, tabassee a mort et jetee dans la riviere
Mweso. Le 21 decembre vers 13h, deux autres femmes dont les noms n'ont
pas ete' signales sont fusillees en public a Pinga et leurs corps jetes sans
la riviere Osso.

On signale que toutes ces conquetes etaient accompagnees de pillages des
betails et recoltes des paysans. Les temoignages sont d'une centaine de
personnes etaient affectees au transport du butin, dont plus de 30 chevres,
plusieurs dizaines de poules et canards, plus de 40 bidons d'huile de
palme, un nombre incalculable de matelas-mousses, beaucoup de regimes de
bananes, des ustenciles de cuisine, d'apres un rapport de
l'AZADHO/Nord-Kivu adresse au gouverneur de la province de 12 janvier 1998.

Le rapprt de l'AZADHO/Nord-Kivu signale aussi que le 1er au 8 decembre
1997, les militaires avaient arrete' les chefs Kibira-Bianja de Nsuka
(Walikale), Jules Kabatama de Mweso (Masisi) et Mutaka de Kalembe (Masisi)
au motif qu'ils detenaient illegalement des armes et sympathisaient avec
les May-May. Les informations sont que ces chefs traditionnels ont ete'
cruellement tortures pendant leur detention et qu'ils ont pu s'evader des
cachots la veille de leur execution publique prevue pour le 9 decembre. A
leur place, un detenu dont le nom n'est pas signale', a ete' abattu.

Toutes ces informations sont rapportees au moment ou des propos tres durs
proferes recemment a Bukavu par le Chef de l'Etat, ainsi que des actions
contre des notabilites locales indiquent clairement que le gouvernment
entend appliquer la maniere forte dans la gestion des graves problemes de
cohabitation dans le Kivu (voir communique de l'AZADHO N° 04/98 du 30.1.98).

L'AZADHO exprime ses vives inquietudes sur le fait que le gouvernement
semble determine' a ne privilegier que l'option militaire dans la lutte
contre la resistance May-May dans les Kivu.

L'AZADHO attire l'attention sur le fait que la solution militaire, deja'
privilegiee par le regime Mobutu a montre' ses limites et n'a surtout servi
que de pretexte pour des executions sommaires, des actes de torture et de
destruction aveugle commis contre les populations civiles et leurs biens.

L'AZADHO invite donc, une fois de plus le gouvernement :

- a' faire respecter de la vie humaine et les biens prives par les
militaires en operation ;
- a' privilegier le dialogue et la voie politique qui s'attaque aux causes
du phenomene May-May plutot qu'a' ses effets ;
- a' ordonner la liberation dans les meilleurs delais des chefs coutumiers
et notabilites du Sud-Kivu arretes a Bukavu le 28 janvier 1998.

Fait a Kinshasa, le 2 fevrier 1998

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