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C'est une des techniques du TdO qui prévoit la présentation d'une scène problématique comme stimulation et
l'intervention des "spect-acteurs" pour résoudre la situation ou en tous cas chercher des chemins alternatifs possibles,
grâce au fait qu'ils se substituent au Protagoniste. Elle nait au Pérou, par hasard, du manque de satisfaction d'une
spectatrice qui ne parvenait pas a' voir les acteurs réaliser ses propres suggestions. Il s'agit d'une scène théâtrale qui
représente une situation négative, oppressive ou simplement problématique. La scène est présentée une première fois,
puis le public est appelé a' intervenir et a' chercher des alternatives et des solutions, en se substituant initialement au
Protagoniste. Le présentateur du Forum, appelé Jolly, ne juge pas les différentes interventions mais interpelle le public
sur la réalité et l'efficacité des solutions proposées, en les problématisant.
Le Teatro-Forum en Amérique du Sud est joué comme simulation, répétition générale avant l'action (une grève, une
manifestation, etc.); en Europe cela est devenu un spectacle a' proprement dit, le style est également non réaliste
(symbolique, surréel, etc.), le public est souvent non homogène.
C'est une technique basée sur la construction d'images avec les corps des personnes; ces images nous disent comment une
personne et un groupe pensent visuellement un certain sujet; les images peuvent ensuite être dynamisées par l'intervention
du public ou de manière autonome pour explorer les tensions internes, les conflits, les désirs et les changements possibles.
Du fait que l'image est probablement plus liée a' l'inconscient, au non-verbal, a' l'hémisphère droite du cerveau, elle
permet une connaissance qui traverse le contrôle de l'esprit conscient, qui dépasse les moyens de défense et les
répressions, qui aide a' libérer l'imaginaire.
Cet ensemble de techniques, environ vingt, en continuels évolution et enrichissement représente l'avant dernière
production créative de Boal. Ces techniques sont nées dans un laboratoire annuel qui a eu lieu a' Paris en 1980 avec les
animateurs du Centre du Théâtre de l'Opprime' afin de répondre a' une nouvelle question: comment peut-on affronter
avec le Théâtre de l'Opprimé les questions plus intérieures, pour lesquelles <le problème est plus dans la personne que
dans la situation>, sans tomber dans la psychothérapie individuelle mais en s'en tenant aux principes du TdO qui est une
recherche collective de libération?
Boal, comme il le raconte auto-ironiquement durant les stages, arrive en Europe en 1979 habitué a' se confronter a' des
oppressions très visibles et concrètes, basées sur la violence, la force, la prévarication. Il propose ses stages en France et
ailleurs et les occidentaux portent en eux des oppressions qu'il ne connait pas: solitude, impuissance, confusion, mal-être
intérieur...
Boal refuse dans un premier temps de traiter ces questions et demande <mais ou' sont les policiers? Ou' sont les
oppresseurs?> puis se rend finalement a' la réalité et affirme <Ici aussi, en Europe, il y a des oppressions, mais elles sont
plus cachées, plus subtiles; ici aussi les gens vont mal, a' tel point qu'ils suppriment leur vie pour cela; nous devons
découvrir les oppresseurs; ces oppresseurs la' sont dans la tête>.
C'est de la' que naissent les premières techniques comme "Les policiers et leurs anticorps", "L'arc en ciel du désir",
"L'image analytique" etc. qui explorent l'intériorité de la personne pour faire ressortir et porter sur la scène, mais visibles
de tous, les oppresseurs intérieurs; oppresseurs qui ont été, dans le passé, des gens en chair et en os que le protagoniste a
rencontrés et qui sont maintenant cachés dans sa tête sous forme d'images d'interdit, de terreur, de séduction,
d'impuissance, etc.
Les techniques visent a' faire ressortir ces Flics afin que le protagoniste puisse les reconnaître et les affronter
théâtralement, mais aussi pour que le groupe puisse travailler et s'entraîner a' lutter contre ces empêchements.
Les techniques sont toutes basées sur un récit initial du protagoniste auquel succède la construction d'images proposées
par lui et/ou par le public ainsi que des improvisations successives dans un caléidoscope de relations et de plans (réel et
symbolique, fantastique et grotesque...) permettant une exploration riche de suggestions.
C'est la' que le lien entre TdO et psychodrame de Moreno apparait avec le plus de force comme l'affirme Daniel
Feldhendler dans son texte malheureusement non traduit.
Des actions théâtrales préparées avec soin qui ne sont pas dévoilées et qui se déroulent dans des lieux publics sont
présentées comme des évènements étranges qui ont lieu et qui attirent l'attention des personnes présentes non au courant.
Les acteurs orientent ensuite la discussion des gens sur les faits qu'ils ont envie d'explorer, en introduisant des
informations et des opinions, en agissant au travers des différents personnages ayant été prévus et en improvisant avec le
public. Le but de l'invisible est de faire exprimer spontanément le public ignare afin de vérifier les opinions qui
apparaissent et afin d'indiquer des alternatives possibles. Malheureusement on le confond désormais avec les émissions
télévisuelles de personnes filmées a' leur insue ou avec d'autres actions analogues réalisées dans le but d'amuser ou de
démontrer a' quel point les gens sont crédules.
Il s'agit d'un vieil instrument qui existe depuis toujours dans sa forme la plus simple et qui était utilisé de manière massive
pendant la République de Weimer dans l'Allemagne pré-nazie, par les groupes des fameux agit-prop.
Boal l'utilise et le systématise en Argentine en 1971 ou', réfugié politique, il était contraint de faire du théâtre en secret.
texte tiré de "Le théâtre des opprimés" de A. Boal(pages. 102-115)
Le titre et l'explication sont des synthèses du texte de Boal; l'alinéa "utilité" est ce que nous pensons a' partir de ce que nous avons compris de la technique.
En résumé, le Théâtre-Legislatif est la dernière systématisation de Boal, l'auteur du Théâtre de l'Opprimé. Il s'agit d'une structure qui place la méthode théâtrale de Boal a' l'intérieur d'un parcours de recherche et d'évolution collective du rapport entre population et Institutions. Boal le définit instrument pour réaliser une démocratie de transition, a' mi- chemin entre la démocratie déléguée et la démocratie directe (comme dans la Grèce antique, désormais impossible dans les sociétés complexes). Démocratie, parce qu'elle redonne au peuple une partie du pouvoir que les élections délèguent aux hommes politiques pendant toute une période donnée, sans possibilité de les influencer pendant leur mandat. L'objectif est donc de mettre en relation les besoins et les désirs du peuple, ou mieux des groupes organisés de la société civile, avec le Pouvoir, dans un rapport d'influence circulaire, mais grâce a' la médiation des stimulateurs de conscience théâtraux.
En fait l'expérience naît avec l'élection de Boal a' la Chambre des Vereadores (une sorte de Conseil communal) de Rio,
en 1993 (et jusqu'en 1996) pour le PT (Parti des Travailleurs). Boal nomme pour travailler avec lui une vingtaine de ses
animateurs qui l'avaient accompagné durant la campagne électorale. Il élabore un programme de travail qui commence
par l'activation de dizaines de laboratoires théatraux auprès de groupe organisés de la population: chômeurs, sans terre,
femmes, homosexuels, habitants des favelas, etc.
Les animateurs construisent des parcours qui permettent aux groupes d'exprimer les urgences et les problèmes les plus
vifs et de les mettre en scène; ces travaux sont présentés comme Théâtre-Forum a' des groupes similaires et parfois aussi dans des festivals. Des interventions du public naissent
des idées et des solutions qui sont systématiquement recueillies par les animateurs et amenées dans le Bureau de Boal.
Un groupe d'avocats transforment ensuite ce matériel, l'épure et le rend sous forme de propositions de Lois que Boal
présente a' la Chambre. Les résultats de ce travail tout comme la procédure et le point de la situation sont
périodiquement reportés aux gens a' travers des actions théâtrales. Le circuit est ainsi mis en route de manière circulaire.
Sur la base de 4 ans d'expérience, le groupe de Boal réussit a' faire approuver par la Chambre treize lois innovatives
concernant différents problèmes et droits négligés: assistance a' l'hôpital pour les personnes âgées, obstacles urbains pour
les handicapés, discriminations, protection des témoins d'injustices et de crimes, etc. Boal a donc utilisé le Théâtre-
Forum (mais également d'autres techniques) a' l'intérieur d'un parcours
complexe de type socio-institutionnel, qui renouvèle le Forum
et le rend utile également pour le monde Occidental (ou' il était au contraire critiqué parce que trop lié a' une culture et a'
une vision dichotomique de la société). Le Forum et les autres
instruments sont insérés dans un parcours de conscientisation qui influe au niveau Institutionnel; c'est peut-être cela la
caractéristique innovative.
Par la suite, a' la fin du mandat, Boal n'est pas réélu, l'expérience se termine donc, mais Boal l'exporte en Occident. A
Londres, a' Paris, a' Munich et en Autriche, Boal diffuse la proposition en trouvant des groupes intéressés et il trouve
aussi a' Vienne trois hommes politiques qui apportent leur soutien a' la nouvelle. Un livre publié a' Londres illustre la base
théorique et quelques expériences pratiques.
Si on comprend le T.L. comme un processus ouvert de recherche sur comment le théâtre politique peut se lier aux
institutions afin de revigorer le rapport de base avec ces dernières, afin que les lois soient faites a' partir des besoins de
l'entière population et non d'une élite, on ouvre différentes possibilités.
La première est de l'utiliser pour produire des lois naissant des exigences vécues par la base; cela requiert cependant une
sensibilité politique des Institutions que l'on peut peut-être trouver dans certaines communes, mais qui serait difficilement
efficace au niveau parlementaire; il faudrait vérifier la sensibilité des niveaux politiques intermédiaires. Elle requiert en
outre la force de la société civile, une précédente structuration de cette dernière, afin que les propositions soient ensuite
soutenues.
Une seconde possibilité est de voir le T.L. comme une activité non de construction de lois mais de défense et
d'application de celles déja' existantes. On a déja' fait a' Rio quelquechose dans le genre: par rapport a' la discrimination
entre couples hétérosexuels et couples homosexuels et de lesbiennes pour le prix de l'heure dans les hôtels, une action
invisible amena a' redéfinir le droit d'égalité. On pourrait donc penser a' localiser de telles situations de lois existantes et
non appliquées et penser a' des actions en conséquence: cela requiert l'habilité d'un groupe a' agir avec rapidité et
efficacité et une base intéressée a' l'application de cette loi (donc associations, organismes variés).
On peut enfin penser au T.L. comme modalités non liées a' des lois (a' créer ou a' défendre) mais a' des choix politiques
des administrations; ainsi, a' l'occasion d'une approvation de bilans et de choix particuliers, on peut imaginer que des
groupes déja' organisés puissent sensibiliser sur le problème et faire s'exprimer la societé civile sur les choix qu'on est en
train d'assumer. A Santo Andre' del Brasile par exemple, le Gouvernement local utilise des actions de Théâtre-Forum
pour décider comment dépenser les fonds communaux (bilan de participation).
Tout cela requiert une société civile active et un choix idéologique, parce que la base peut être aussi un endroit de
naissance de tendance a' la régression pour ne pas dire parfois ouvertement réactionnaire, faire s'exprimer la base ne
signifie donc pas rester neutre en ce qui concerne les propositions qui émergent. Le rôle de celui qui
conduit/soutient/stimule ce processus est donc délicat, tout comme la conscientisation est délicate, afin qu'elle ne glisse ni
vers la transmission de vérités pré-construites, ni vers le fait de tout laisser passer comme expression de la volonté
populaire.
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