[61] Agenda Pour La Paix Au Congo
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Subject:
AGENDA POUR LA PAIX AU CONGO
Date:
Wed, 11 Nov 1998 22:10:05 퍭
From:
"serv. informazioni Congosol" <congosol@skyol.it> To:
Recipient List Suppressed:;
Nous recevons et publions cet important document de la Societe' civile
congolaise,
signe' par plus de 50 personnalites du monde culturel, social, politique,
religieux
AGENDA POUR LA PAIX AU CONGO
Propositions de la Societe' civile
- POURQUOI UN'AGENDA POUR LA PAIX
La Republique democratique du Congo, notre pays, traverse une periode critique
de son histoire.
Elle fait face a' une guerre menee par le Rwanda et l'Ouganda dans un contexte
de deterioration grave du tissu economique, social et administratif du pays
apres 32 ans de gestion chaotique sous la dictature de Mobutu.
Cette guerre arrive une annee apres celle dite de liberation soutenue par les
memes pays qui ont amene' le President Kabila au pouvoir en balayant le regime
de Mobutu, mais egalement le processus de democratisation reclame' par le peuple
depuis plusieurs annees.
Depuis le 2 aout de l'annee en cours, des armees des pays voisins de l'Est du
Congo sont entrees dans le pays, sous le couvert d'une rebellion qui se fixe
comme objectif de chasser le President Kabila du pouvoir. Elles ont ouvert un
front a' l'Est et a' l'ouest du pays. Face a' cette guerre injuste, le
gouvernement de Kabila a sollicite' l'assistance des pays de la SADC parmi
lesquels l'Angola, la Namibie et le Zimbabwe qui ont repondu promptement a' son
appel et sont venus a' la rescousse en lui permettant de neutraliser les
agresseurs et les rebelles sur le front ouest apres des rudes batailles durant
le mois d'aout.
Depuis ce temps jusqu'aujourd'hui, la guerre s'est reellement installee dans le
pays avec des consequences graves sur le plan economique, politique, social et
humanitaire.
Aujourd'hui, la rebellion occupe presque le tiers du pays, et apres la chute de
Kindu, ils veulent lancer une offensive sur les villes de Mbuji-Mayi et Kananga.
Le gouvernement congolais et ses allies auxquels on peut ajouter le Tchad se
mobilisent donc pour preparer une contre offensive afin de recuperer les
provinces de l'Est occupees.
Devant l'escalade de la guerre et le danger d'embrasement de toute l'Afrique,
les chefs d'Etat d'Afrique se reunissent pour rechercher une issue politique a'
la guerre.
Par ailleurs les Nations Unies, l'Union Europeenne, l'OUA et les grandes
puissances en appellent a' une solution negociee.
Pendant que ces negociations se preparent, le peuple congolais est victime de
multiples violations des droits humains, de deplacements massifs des populations,
de l'insecurite', de l'angoisse, de la crainte du demembrement du pays.
C'est pourquoi, au moment ou' le discours est a' la negociation, les
responsables des associations de la societe' civile congolaise se sont retrouve'
a' Kinshasa du 5 au 7 novembre pour reflechir et mettre en commun des
propositions concretes pour contribuer a' la recherche d'une solution pacifique
au conflit et promouvoir une paix durable en Afrique centrale. Le moment est
opportun dans la mesure ou' les protagonistes commencent a' reconnaitre le bien
fonde' d'une solution negociee afin d'eviter l'embrasement du continent et
hypothequer la construction de l'Afrique a' l'aube du 21eme siecle.
- QUI SOMMES-NOUS?
Nous sommes des citoyennes et des citoyens Congolais conscients de nos droits et
devoirs, des patriotes epris de paix et de liberte' et qui militons pour que
notre peuple prenne son destin en main. Nous representons des associations
citoyennes, des Ong des droits de l'homme, d'education civique et de
developpement, des syndicats travaillant et vivant avec la population sur toute
l'etendue de la Republique Democratiques du Congo.
Nous sommes une societe' civile qui se veut responsable et qui veut tirer des
lecons de l'histoire passee et presente du pays pour participer a' la
construction de l'avenir.
Nous sommes de ceux qui, en ce moment ou' il n'y a pas ni parlement ni
structures representatives de la population, se donnent comme mission de faire
echos des preoccupations, des angoisses et frustrations, des espoirs de la
population avec laquelle nous travaillons tous les jours a' la base.
Nous sommes la societe' civile, la voix de nombreux sans voix qui ne peuvent
plus s'empecher de s'exprimer.
Nous sommes des leaders sociaux, des syndicalistes, des professeurs
d'universite', des intellectuels, des journalistes, des femmes, des jeunes...
bref des Congolais qui refusent de subir l'histoire et qui veulent assumer leur
destin avec tous les autres Congolais sans exclusion.
- A QUOI CROYONS-NOUS?
Nous croyons a' la necessite' et au bien-fonde' de la paix et de la liberte'.
Nous croyons en la dignite' humaine, aux droits fondamentaux de l'etre humain,
en la democratie et aux valeurs citoyennes de notre peuple. Nous sommes
convaincus que tous les hommes sont freres et ont les uns envers les autres le
devoir de solidarite' et de protection ; qu'ils doivent tous vivre ensemble en
paix dans la richesse de leurs differences.
Nous affirmons que la guerre detruit et que la paix construit. Nous sommes
attaches a' l'integrite' de notre territoire, a' la dignite' de notre peuple,
valeurs que nous sommes prets a' defendre. Nous croyons a' l'intangibilite' de
nos frontieres, en la souverainete' de notre pays et au role qu'il doit jouer en
Afrique.
Nous croyons que l'homme est perfectible et que tout conflit peut etre resolu si
nous privilegions le dialogue et la negociation. Nous sommes fermement
convaincus que le retablissement de la paix au Congo, la paix et la stabilite'
des institutions democratiques dans la sous region des grands lacs et la
prosperite' des Etats africains sont possibles si les bonnes volontes sont
conjuguees pour les realiser.
Nous croyons que la democratie et notamment les elections sont des moyens
solides pour construire la paix.
- QUE CONSTATONS NOUS
Nous constatons que la situation de guerre que connait le Congo depuis trois
mois a desorganise' les structures qui etaient deja' precaires dans les domaines
politique, militaire, social et economique. L'analyse de la situation generale
du pays nous amene a' faire le constat suivant :
4.1. Sur le plan politique.
- blocage du calendrier politique
- perturbation du fonctionnement des institutions
- apparition d'une rebellion armee
- montee du nationalisme et du patriotisme
- tendance au culte de la personnalite'
- recrudescence de l'insecurite
- nombreuses violations des droits de la personne humaine surtout dans les
territoires occupes
- massacres et deportations des congolais
- tentative de partition du pays par l'installation de nouvelles autorites
administratives
- mefiance et suspicion a' l'egard des politiciens avec restriction de
liberte' des mouvements
4.2. Sur le plan social.
- nombreuses pertes en vie humaine
- croissance de la misere generalisee et de la precarite' de la vie des
populations
- degradation des infrastructures de base: ecoles, hopitaux - perturbation de
la couverture sanitaire du pays
- impaiement des salaires
- deterioration (reduction drastique) du pouvoir d'achat - augmentation du
nombre de sans emploi
- famine, abandon des populations dans les territoires occupes.
4.3. Sur le plan economique.
- affectation des ressources du pays au profit de la guerre - reduction de
l'offre des biens de premiere necessite' et emballement des prix - blocage du
plan triennal de la reconstruction nationale - accentuation de la destruction
des infrastructures
- spoliation des produits miniers et des infrastructures dans les territoires
occupes
- destruction de la faune et la flore (ecosysteme)
- APPEL DE LA SOCIETE' CIVILE
5.1. Au Gouvernement Congolais
5.1.a. Poser des actes positifs en faveur de la decrispation et la cohesion
interne:
- liberer les detenus politiques et d'opinion
- decreter une mesure de grace generale pour tous les exiles - liberaliser
des activites des partis politiques
- respecter des droits et libertes fondamentaux de l'homme - relancer le
processus democratique
- engager le dialogue avec toutes les forces politiques interieures -
favoriser et encourager la bonne gouvernance, renforcer la justice et les
institutions republicaines pour l'erection d'un Etat fort - doter rapidement le
pays d'une constitution acceptee par tous - eviter l'exclusion dans le partage
des responsabilites et la tribalisation du pouvoir politique
- solliciter l'implantation d'une force de maintien de la paix en attendant
la constitution d'une armee republicaine
- negocier avec les gouvernements concernes dans la guerre - ne pas signer
des accords miniers en periode de guerre - rendre publics tous les accords
politiques et economiques anterieurement signes
- ameliorer les relations avec les grandes puissances, les Nations Unies et
la Communaute' Internationale
- lutter contre la pauvrete' de la population
- elaborer une loi sur l'organisation et le fonctionnement des partis
politiques
- elaborer une loi electorale
- reorganiser les FAC.
5.1.b. Dans la sous - region
- Eviter la politique de la chaise vide
- intensifier le dialogue sur la construction de la paix - accentuer les
actions de pression ou de lobbying pour contrer les lobbies qui oeuvrent en
faveur du demembrement du Congo.
5.1.c. Par rapport a' l'ONU
- rehabiliter la diplomatie (competence, mettre fin a' l'amateurisme, tenir
compte de l'origine des mandataires)
- clarifier le dossier du massacre des Hutu
- renforcer la presence des nationaux au sein de la fonction publique
internationale particulierement dans le systeme des Nationaux Unies.
5.2. A la classe politique congolaise
- eviter l'opportunisme, et un comportement irresponsable - respecter les
principes democratiques qui excluent la prise du pouvoir par les armes
- cesser la politique de recherche du pouvoir pour le pouvoir - privilegier
la sauvegarde de la nation et l'integrite' territoriale - integrer la culture de
l'alternance politique
- respecter les textes legaux
- arreter les hostilites et participer au dialogue (negociations congolo -
congolaises) interne avec toutes les autres composantes de la vie nationale -
privilegier les mecanismes democratiques de prise de pouvoir
5.3. Aux Pays agresseurs (Rwanda, Ouganda, Burundi) - retirer leurs troupes du
territoire national congolais sans delai - respecter la souverainete' des Etats
- respecter l'integrite' territoriale de la Republique Democratique du Congo
- la non ingerence dans les affaires internes de la R.D.C.
5.4. Aux gouvernements des pays frontaliers.
Afin de lutter contre les groupes armes et assurer la securite' aux frontieres:
- instaurer la democratie et de la bonne gouvernance dans les Etats de la sous
-region
- nouer le dialogue avec les groupes armes pour leur insertion dans la
communaute' nationale
- lutte contre l'exclusion par le partage du pouvoir
- promotion du developpement et de la lutte contre la pauvrete' - creation
d'armees nationales, veritables forces republicaines integrant toutes les
ethnies
- ouvrir des pistes d'epanouissement a' la jeunesse
- demobilisation et scolarisation des enfants soldats
- engagement entre les Etats a' ne plus servir de base arriere pour les
groupes armes qui cherchent a' destabiliser les pays voisins - signature entre
Etats des pactes de non agression.
5.5. Concernant la Force de maintien de la paix.
Tout en exprimant des doutes sur son efficacite', son mandat doit etre negocie'
entre les gouvernements.
Cette force est souhaitee pour les raisons suivantes:
- securiser les frontieres entre le Congo d'une part et d'autre part le
Burundi, le Rwanda et l'Ouganda
- faciliter l'evacuation des troupes etrangeres d'agression - faire respecter
le cessez-le-feu.
5.6. Concernant la position de l'ONU
Nous demandons de:
- condamner clairement l'agression
- exiger le retrait des armees des pays agresseurs de la RDC - appliquer et
faire appliquer les conventions internationales avec equite' et neutralite'
envers tous les pays sans parti pris.
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