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Nord-Kivu et Sud-Kivu : meurtres au quotidienDate:
Fri, 8 Jan 1999 18:58:19 퍝 (MET)From:
"serv. informazioni Congosol" <congosol@skyol.it> To:Source : Le Potentiel n1511 du Jeudi 7 janvier 1999
gruppi 1 2 3 <congosol@skyol.it>
Sous la coupe des rebelles et harceles par ceux qui les combattent, les
habitants du Kivu a l'Est de la Rdc vivent dans la terreur. Ils n'ont ni le
droit de vivre en paix, ni celui de parler. "Nous ne vivons que des tueries,
des massacres, des destructions, des recrutements forces de mineurs... Des
enfants d'une meme famille sont envoyes dans des camps adverses pour se
combattre. La mort frappe les soldats et les civils, les adultes et les
enfants, les congolais et les etrangers qu'o, distingue parfois difficilement
les uns des autres. Tous sont victimes de la violence aveugle et
systematiquement organisee". C'est ainsi que les eveques du Kivu resumaient,
debut octobre, la situation dans leur region. A l'extreme Est de la Rdc,
frontaliere avec l'Ouganda au Nord, le Rwanda et le Burundi a l'Est, le Kivu
est confronte depuis 1994 a d'incessants mouvements de regime successifs a des
conflits ethniques qui ne cessent de s'entrecroises : flot des refugies
rwandais en 1994, guerre de "liberation"
de Laurant-Desire Kabila en 1997, reconquete par les "les rebelles" en aout
1998... desormais, sous l'autorite de ceux qui combattent le regime en place en
Rdc, largement soutenus par les rwandais, les populations des deux Kivu du Nord
et du Sud sont en butte aux exactions des factions de tous bords. Mais les
informations filtrent difficilement car, par souci securitaire, les rebelles
ont confisque le materiel de communication et les telephones cellulaires. On
ne peut telephoner qu'en presence d'un militaire. Ceux qui sont surpris au
telephone, sont emprisonnes et battus. "Les forces rebelles qui tiennent la
ville depuis le 3 aout sont constituees de militaires rwandais auxquels se sont
adjoint quelques ex-militaires du defunt president Mobutu, des deserteurs des
Forces armees congolaises (celle de Kabila), de jeunes recrues de 10-15 ans et
depuis peu d'anciens detenus hutus recemment liberes des prisons rwandaises",
enumere Rene Kahukula, coordonnateur de l'Adepad (Action pour le developpeme
nt des paysans desherites) a Bukavu. Les villageois dans un etau. Ces forces
heteroclites font regner la terreur. "Les gens disparaissent. Un matin, on a
decouvert 17 cadavres au quartier Essence de Bukavu. Personne n'a pu les
identifier. C'etait donc des gents tues ailleurs et deposes la pour semer la
confusion. Regulierement on trouve ainsi des cadavres d'inconnus et les
militaires nous obligent a les enterrer sans autres formes de proces",
poursuit-il. "Comme les militaires violent, tuent et pillent la population, les
gens quittent la ville ou restent cloitres chez eux", explique une jeune
congolaise. Les familles aisees sont parvenues a fuir sur Nairobi, Kigali ou
Bujumbura. Les intellectels, premieres victimes des disparitions", s'exilent a
Nairobi. A la nuit tombee, les habitants se claquemurent dans leurs
habitantations en torchis dans la crainte d'etre attaques, violes ou meme
assassines par des bandes de militaires "incontroles". Pour les villageois pris
en tenaille entre les d
ifferentes factions armees, la situation est encore pire. Car les campagnes
autour de Bukavu sont un terrain fertile pour la rebellion Mai-Mai qui, depuis
un an, se bat pour chasser les rwandais du Kivu. Les paysans sont les
premieres victimes des represailles de l'armee rwandaise. "Quand les
militaires parviennent sur les lieux d'une attaque Mai-Mai, ils tuent tout le
monde. C'est ce qui s'est passe avec le massacre de Kabare, avec les massacres
de Miti et Mudaka ou celui de Kasika ou on a tue le Mwami (ndrl : chef
traditionnel), sa femme, certains religieux et plusieurs centaines de civils"
explique Rene Kahukula. Un message de la societe du Kivu parvenu anonymement en
Europe explique que "tout cela fait que la population vit constamment dans la
terreur, cherche a cacher ses biens, se livre a un minimum d'activites et essaye
de survivre". De fait, la situation economique est catastrophique. Des
intellectuels du Kivu qui ont reussi a faire passer des informations sur la
region le confirmen
t
: "La vie economique est reduite au point mort. Toutes les activites sont
bloquees. La grande majorite des familles n'ont plus de recettes". A Uvira,
ville de pecheurs et de commercants qui s'etend langoureusement sur les rives
du lac Tanganika, les operateurs economiques ainsi que les organisations
internationales ont ete pilles et ont fui. Les paysans, qui craignent
egalement d'etre voles, cultivent le strict minimum. Quant au port, il est
ferme, faute de trafic. Sur la route qui traverse la ville de long en large,
la population roule a bicyclette. Seuls les rebelles ont apparement des
vehicules personnels. Meme situation a Bukavu, la capitale du Sud-Kivu qui etend
de large doigts, devenus comme morts, sur les eaux calmes du lac Kivu. La
plupart de ses magasins sont fermes. Des quatre heures de l'apres-midi, les
rues se vident. Selon Rene Kahukula, la misere entrainee par la guerre est plus
terrible encore dans les campagnes. Des milliers de citadins ont fui la ville
pour s'y refugier
. Ils representent un fardeau supplementaire pour des paysans abandonnes a eux
-memes. Environ 200 000 congolais ont fui leur maison et se sont disperses dans
la campagne, dont 120 000 dans la seule region de Bukavu, selon un representant
des Nations unies, qui cite des sources rebelles. Les humanitaires n'ont pas
acces a ces populations. Des rumeurs font etat d'epidemies de cholera et de
cas de famine. Les enfants enroles de force. Dans cette atmosphere de terreur,
les habitants du Kivu n'osent pas elever la voix. Leur desapprobation
s'exprime de matiere detournee. Ainsi les habitants de Bukavu, qui se sont
imposes de lourds sacrifices pour scolariser leurs enfants ces dernieres annees,
ont refuse de les envoyer a l'ecole depuis la rentree. Faute d'argent mais
aussi parce qu'ils craignent, d'apres les membres de la societe civile du Kivu,
que leurs enfants ne soient pas en securite et qu'ils soient recrutes de force.
De nombreux fonctionnaires ont deserte leurs bureaux, les petits vendeu
rs boycottent le marche pour ne pas avoir a payer des taxes qui financeraient
la guerre. La rebellion ne fait pas l'unanimite meme parmi les Tutsis. Une
sourde mesentente existe, en effet, entre les rwandais et les banyamulenge
(rwandais installes de longue date en Rdc) sur l'opportunite de cette guerre.
Les seconds, qui vivent parmi les congolais depuis leur naissance, craignent que
les exactions de l'armee rwandaise exacerbent les sentiments anti-tutsis dont
ils seraient les premieres victimes. Accuses de diriger une rebellion qu'ils ne
controlent pas, les banyamulenge sont en effet plus detestes que jamais par les
autres tributs locales. "La guerre n'a jamais servi a rien, reconnait Benjamin
Serukiza, vice-gouverneur du Sud-Kivu. Il faut qu'elle se termine pour que
tout le monde se mette autour d'une table". Claude Adrien de Mun et Marie-Agnes
Leplaideur. (Syfia)
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