[47] Nouvelles Alarmantes Du Sud-kivu
Text:
Subject:
Nouvelles alarmantes du Sud-Kivu
Date:
Thu, 24 Sep 1998 20:28:05 퍭
From:
"serv. informazioni Congosol" <congosol@skyol.it> To:
Recipient List Suppressed:;
recu par REC (Reseau Europeen pour le Congo)
Via une ONG europenne, membre de notre Rseau Europen pour le Congo (REC), nous
venons de recevoir le document ci-aprs du 19 septembre 1998 qui contient des
informations sur la situation alarmante au Sud-Kivu, et en particulier Bukavu.
La SIC qui a crit ce document est compose d'un groupe d'intellectuels crdibles.
Parce qu'il contient d'importantes informations rcentes d'une rgion tenue
incommunicado, nous vous transmettons rapidement ce document tel quel, comme
nous avons fait avec d'autres informations.
Secrtariat du REC
S.O.S. Bukavu/ Sud-Kivu (R.D.C.)
Dans la septmime semaine de guerre et d'ocuupation miltaires, nous ocntatons
avec la plus grande inquitude les faits suivants:
- SITUATION POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE: vide et inscurit
- L'Autorit militaire se montre inefficace protger les droits de la
population civile et sanctionner les abus commis contre elle. En effet, le
pouvoir militaire est tenu par des officiers Rwando-ougandais qui poursuivent
leurs objectifs et ont leur stratgie. Ce pouvoir rel est 'couvert' par la
prsence d'officiers congolais qui font fonction de 'figurants' et qui sont
souvent mal-coordonns entre eux et incapables d'intervenir, surtout sur les
soldats 'non congolais'.
- L'Autorit civile est pratiquement inexistante. Peu accepte par la
population elle est par surcrot neutralise par les militaires. - L'Autorit
politique du RCD (Rassemblement Congolais pour la Dmocratie, qui est
l'expression politique du Mouvement 'rebelle') ne parvient pas conqurir la
confiance et la collaboration de la population, malgr des diffrentes tentatives
de sensibilisation (meetings) et d'autres subtiles pratiques de corruption.
- Absence d'une Autorit morale qui prenne le risque de se faire porte-parole
des intrts des gens et de ses besoins plus urgents, soit vis--vis du pouvoir
local, soit vis--vis de la Communaut Internationale. La consquence principale de
cet tat des choses est une grande inscurit, rendue encore plus aigue par le fait
qu'avant la guerre les soldats recevaient un solde de 100 $ US par mois, tandis
qu' prsent ils ne sont plus pays ou ne reoivent, l'occasion, que le
correspondant de 10 $ US. Cette inscurit permanente se manifeste sous plusieurs
formes: - Actions systmatiques de pillage. Tous les stocks de nourriture et de
mdicaments des Organisations Humanitaires Internationales (HCR, PAM, CICR dont
les responsables trangers ont quitt ds le dbut) ont t pills par les militaires,
parfois en plein jour.
- La Banque Centrale de Bukavu a t vide de tout son argent. Il est craindre
que bientt il n'y aura pratiquement plus de liquidit, ni en monnaie locale, ni
en dollars.
- Attaques quotidiennes des bandes armes contre des maisons prives pour voler
de l'argent et enlever des appareils lectroniques qu'on peut exporter au Rwanda.
- Saisie et vol de vhicules pour emploi militaire ou exportation au Rwanda. -
Confiscation des moyens de communication (tlphones satellitaires et appareils de
phonie).
-Bouclages rguliers des diffrents quartiers de la ville avec perquisition des
maisons et ratissages sous prtexte de recherche d'armes, de soldats congolais
dserteurs ou d'infiltrs May-May. Ces oprations sont chaque fois des occasions de
vols et de violences exerces sur la population. - Enlvements et disparitions
frquentes de personnes (mme des enfants), parce que identifis comme d'ethnie
Hutu ou bien souponns d'tre de connivence avec les May-May.
- Assassinats isols et gratuits, parfois seulement pour extorquer de l'argent;
et assez souvent, aussi des massacres collectifs sur la population civile
titre de reprsailles (les plus rcentes: Kasika, Uvira, Kitutu).
Tout cele fait que la population vit constamment dans la terreur, cherche cacher
ses biens, se livre un minimum d'activits et essaye de survivre.
- SITUATION SOCIO-ECONOMIQUE: en dtrioration rapide. Menace de rupture de
stocks et de famine.
- La vie conomique est pratiquement rduite au point mort. C'est une situation
analogue celle qu'on a vcue dans les premires semaines de la guerre de '96,
avec ceci comme diffrence: l'poque beaucoup de monde avait fui et la ville tait
presque dserte, tandis qu' prsent la population est l, mais presque paralyse.
Toutes les activits productives sont bloques. Les quelques entreprises prsentes
ont suspendu le travail. L'unique qui fonctionne encore au minimum est la
Brasserie, dont les camions n'effectuent plus de transports.
- La grande majorit des familles n'ont pas de recettes. Qui avait du travail
(employs des services tatiques, enseignants) est impay. Qui vivait sur un petit
commerce ne parvient plus s'en tirer. Qui recevait de l'argent de Kinshasa ou
de quelqu'un vivant ailleurs ne peut plus recevoir d'envoi d'argent. Mme les
grands commerants ont du mal continuer les importations et leurs dpots
commencent se vider. Les Organismes Humanitaires (hormis quelques ONG) sont
absents, et par consquent les couches les plus dfavorises de la population
(rfugis, dplacs) sont compltement abandonnes. Mme la Caritas, prsent sur place,
est pratiquement paralyse.
- Les principales voies de ravitaillement qui relient la ville aux zones
agricoles plus productives sont inaccessibles et pas sres. Cheptel et fermes
prives qui produisaient viande, lait et fromages ont t pilles et en partie
dtruites.
- Universits, coles suprieures, moyennes et primaires sont fermes. Mme si les
Autorits en place dcidaient de faire commencer l'anne scolaire on se demande: O
les parents pourront-ils trouver l'argent pour scolariser leurs enfants? Et puis,
qui va payer les enseignants?
On constate donc un appauvrissement gnralis de la population et beaucoup de
familles se trouvent au niveau d'une pnible survie.
III SITUATION SOCIO-PSYCHOLOGIQUE: dsarroi, dcouragement et dchance morale
concomitante.
- La population est en train de vivre le traumatisme psychologique d'une
occupation et d'une oppression militaire, et pas du tout l'euphorie d'une
'libration', comme on veut le faire croire. C'est pourquoi elle est dmotive,
dcourage et porte ruminer dans le coeur des sentiments d'hostilit, de haine et
de rejet vis--vis des Tutsis oppresseurs et ceux qui collaborent avec eux. Ces
sentiments, qui couvaient en eux depuis dj deux ans, sont attiss prsent aussi
par les appels sporadiques d'une radio clandestine qui se dit l'expression de la
lutte arme des May-May. On y dcouvre clairement la prsence et l'influencece des
militiens Hutu interahamwe. Ce sont eux, ainsi que leurs ennemis Tutsis, qui ont
export parmi les paisibles populations du Kivu la haine et la folie gnocidaire
qui est en train de contaminer cette rgion.
- La population est dcourage par toutes une action de propagande et de contre
-propagande, souvent trempe de mensonges et d'appels la lutte arme, alors
qu'elle constate avec amertume que personne ne s'occupe nullement de son bien,
de ses droits et de son avenir. Elle n'accepte aucune domination trangre,
nourrit un profond sentiment d'aversion vers les Etats-Unis d'Amrique censs de
fournir un soutien dterminant aux Pays aggresseurs (Uganda et Rwanda) et dplore
le silence et l'attitude passive des Pays Europens qu'elle considre en quelque
sorte comme un signe de complicit.
- A cause de l'avilissement provoqu par la pauvret et la misre et l'influence
nfaste sur le plan moral exerce par 32 ans de dictature mobutiste, il n'est pas
rare de voir merger des comportements fort rprhensibles dicts par l'opportunisme,
la soif d'argent, des sentiments de jalousie et de vengeance: accusations,
dlations, trahisons, rglements de compte.. avec souvent des effets mortels.
Bukavu, le 19 september 1998
S.I.C. (Source Indpendante du Congo)
---------------------------------------------------------------------------- Servizio informazioni Congosol
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